Traitement des auteurs.

   Les racines de la violence.   Violence et figure d’oxymore.

L’intrapsychique.  

L'intersubjectif.    Violence et identification projective     Identifications projectives et capacité de rêverie.    Champ relationnel et pacte dénégatif.

 

 

 

Les théories psychanalytiques de la violence.

Les racines de la violence.

Les théories cognitives et systémiques insistent sur le caractère appris de la violence, elle ne s’inscrit pas dans la nature de l’homme. La psychanalyse propose sa lecture. La violence est plus du coté du conflit fondamental par la culture et la civilisation l’homme contrôle ce trait et s’amende de cette violence. La psychanalyse en instruit son procès et en situe l’origine dans un  mouvement ou moyen et but s’anastomose et où le moyen utilise ce qu’il veut dénoncer pour y mettre fin.  Ainsi pour mettre fin à la violence du père qui thésaurise toutes les femmes (donc qui pratique l’inceste) l’alliance des fils par le meurtre du père construit le pacte social, loi du silence, archétype du dénégatif.  Par cette violence est proposé un mouvement progrédiant vers la civilisation et la culture où la violence sera réduite au sacrifice indispensable mais ou le refoulé ne cessera de faire retour.

L’agressivité et la violence d’un point de vu psychanalytique sont conceptualisées à partir de divers modalités elles résultent de divers mouvements internes du sujet dans son développement psycho-sexuel, en termes de  blocage, et de  régression.

C Balier c’est particulièrement intéressé à la psychanalyse des comportements violents. En partant de la violence rencontrée dans la psychopathie et le  passages à l’acte des adolescents, il propose une grille de lecture qui met en avant la désintrication pulsionnelle, l’agressivité libre, les perturbations narcissiques, la difficulté de trans-laboration de la position dépressive et le recours à des mécanismes psychotiques. C Balier souligne l’échec de l’accession à la position dépressive et le recours à des mécanismes archaïque, tel que le clivage, l’identification à l’agresseur, l’idéal du Moi mégalomaniaque comme processus défensifs. Si le manque d’égard par rapport à l’objet est flagrant il se constitue suite au processus de désintrication pulsionnelle et l’impossible constitution d’un objet total. L’objet soumis à un clivage défensif sera séparé en bon et mauvais objet introjecté qui ne permettra pas la neutralisation de l’agressivité et conduira à l’explosion de l’agressivité libre. L’expression de l’agressivité libre sous forme de décharges peut se réalisé et se produire à partir de n’importe quel niveau d’organisation de la personnalité et probablement aux niveaux les plus organisés sur le chemin de la régression (Régression de la libido).

 

 Dans la perspective de la position dépressive l’introjection de l’objet pulsionnel s’accompagne d’une liaison entre la libido et la pulsion agressive. L’impossibilité d’élaborer la position dépressive entraînant le recours aux mécanismes psychotiques de la position schizo-paranoïde qui à travers le clivage réalise un processus introjectif  sans neutralisation de l’agressivité. Ce n’est pas un objet total où agressivité et libido se trouvent intriquées qui est introjecté  mais un bon objet et un mauvais objet, l’un constamment pris dans un mouvement d’idéalisation l’autre constamment extrojecté. L’agressivité libre qui exige une décharge par les voies les plus rapides résulte aussi du mouvement regressif de la libido et de son organisation. La violence et l’agressivité peuvent aussi être appréhendées comme principe de décharge ou de retour à la tension zéro (principe de nirvana). Anna Freud relie l’agressivité à la désintrication pulsionnel qui se fait toujours en faveur de l’agressivité (agressivité libre) et elle l’attribue à la destructivité du stade anal.  Pour J. Bergeret cité par C. Balier lorsque la violence ne peut être intégrée au sein d’une problématique libidinale suffisamment organisatrice le fonctionnement se réduit à une dualité narcissique Moi ou lui.

C’est dans  le registre du narcissisme que le manque d’égard pour l’objet prend corps dans le mouvement constant qui dès sa naissance noue objet sujet et narcissisme. Ce qui dans la violence et l’agressivité comme affirmation narcissique  procèdent du manque d’égard pour l’objet et qui ne tient nullement compte de sa souffrance pour en assurer par l’emprise sa domination. L’identification projective  joue un rôle important dans la construction théorique proposé. C Balier en référence aux travaux O Kernberg qui parle de recours à la projection dans le domaine des pulsions agressives. L’objet externe devient dangereux suite à l’externalisation d’images de Soi et de mauvais objets internes. L’absence de limites et la proximité de l’objet et du Soi particularise cette modalité projective. Il en résulte une profonde empathie et une proximité, dont le sujet cherche à se dégager en contrôlant, en attaquant ou en détruisant l’objet avant qu’il ne le détruise. Les blessures ne peuvent être vécues sur le mode de la castration, mais renvoie à la disparition- anéantissement comme défense contre l’effraction du narcissisme par l’objet. Dans la violence conjugale une dimension particulière du narcissisme et de la relation à l’objet, devient essentiel : là où le sujet investi une part de libido en direction de l’objet quand la violence ne se produit qu’avec les être aimé. C’est au mouvement particulier de la relation amoureuse dans la dimension du sentiment océanique comme négation de la perte de l’absence et de la séparation,  comme figure de non individuation et son rapport avec le narcissisme que s’origine aussi la violence comme rempart ultime à la défense du Moi. Le recours à violence signant l’échec de toutes autres processus défensifs disponibles.   

 

Comme en échos à la question du sphinx, la clinique de la violence conjugale pose cette question A qui  arrive-t-il   d’entendre le matin les plus beaux aires de Mozart de lire les plus belle pages de Nietzsche à midi ce qui ne l’empêche le soir dans l’obscurité de la nuit de s’agiter devant des fourneaux que le diable lui même n’aurait eu l’idée d’inventer et de jouir de cette violence inouï?

 

Violence et figure d’oxymore.

Un autre point de vue sur la violence conjugale peut s’énoncer ainsi:

« Ce n’est pas sur la route de Thèbes que Laïos barre le chemin d’Œdipe, mais quand réfugié à la cours de Pélops il s’éprend pour l’enfant de ce dernier, l’enlève et invente ainsi la pédérastie[2]». Dans la mythologie le sacrilège est toujours puni par les dieux  et  le poids de la destinée qu’ils peuvent infliger.  Œdipe n’est au final que l’instrument de la sanction des dieux,  de la loi divine et toute ces gesticulations ne feront que le précipiter vers sa destinée. La sanction des dieux édicte une loi de la civilisation que S Freud met en lumière en nous décrivant le complexe d’Œdipe en ce qu’il énonce à nouveau l’interdit de l’inceste. Les dieux sont-ils cruelles dans leurs sanctions, où ne font par cette métaphore adressée aux humains que leur enseigner le poids de la transmission trans-générationnelle ; que chacun est le maillon d’une chaîne qu’il est pris dans le discourt qui a précédé sa venue, discourt des dieux représentant de l’âme des ancêtres comme lieu de la loi de la différenciation des générations.  Mais Laïos à une autre fois tenté de barrer le chemin d’Œdipe du coté de la mort, de la mort par abandon. Car Laïos ne peut entendre le discours de l’oracle de Delphes, ne peut résoudre l’équation symbolique. Il ne peut  prendre le discours de l’oracle qu’au pied de la lettre et sacrifie un nouvel enfant  passant du  crime psychique au crime physique. Par ce dernier geste Laïos scelle à jamais son destin et celui de sa descendance. Tous les enfants couchent avec leur mère, et tuent leurs pères, dans les fantaisies de leurs pensés, mais rares sont ceux qui le font dans la réalité. La confusion entre les générations, le franchissement de l’interdit de l’inceste marque l’impossible structuration d’un imaginaire capable de faire médiation entre  le réel et le symbolique[3].

Œdipe est une figure d’oxymore victime et auteur à la fois, instrument d’une loi implacable qu’il met à mal soumis au destin imposé par les dieux qui au final retournerons le peuple de Thèbes contre lui car il a tué son père et enfanté avec sa mère. Œdipe est broyé par une mécanique dont les ressorts lui échappent ceux  de la transmission trans-générationnelle, d’un père qui se prend pour la loi et se pense au-dessus des lois des hommes et de leurs dieux.

Ce que les dieux antiques savaient déjà, énoncé par les paroles de l’oracle, est que tout homme doit renoncer à être le phallus de la mère pour accéder au symbolique et à l’imaginaire pour faire place au nom du père à un tiers à la loi pour inscrire la différence des générations pour accéder à la culture et à la civilisation pour intégrer l’interdit de l’inceste. C’est bien ceci qui était barré pour Laïos qui scelle le destin d’ oedipe et que le mythe énonce ainsi; sur le chemin de Thèbes il se prend de querelle avec un inconnu qui lui barrait la route… Celle d’un sujet, hors d’une destiné aliéné par la faute du père. Il ne lui barre pas la route de Thèbes mais la route de la liberté que permet l’intégration de la loi. »

Ces figures de la violence vont se retrouver dans la clinique de la violence conjugale. C’est une clinique de l’oxymore, du dénégatif et de l’incessant retour du refoulé alimenté et entretenu par la dialectique du déni  entre violences collective, violences rituelles, sacrificielles, violences individuelles et violence sociale. Cette figure d’oxymore marque souvent l’histoire de l’auteur de violence conjugale et domestique.

 

Les  théories psychanalytiques proposent des modèles explicatifs de la violence tant dans sa dimension intrapsychique qu’intersubjective. La théorie des pulsions et de la désintrication pulsionnelle, du narcissisme  et de ces atteintes de la relation d’objet  fournissent des moyens de compréhension de la dimension intrapsychique la violence. Les phénomènes tel que l’identification projective, la communication syncrétique, le champs relationnel, les pactes dénégatifs ainsi que la théorie psychanalytique du groupe peuvent contribuer à éclairer la dimension inter-subjective de la violence conjugale.

 

 

 

L’intrapsychique

 

F Ansermert  décrit un cas fictif de violence conjugale pour illustrer l’idée d’activation d’un fantasme, de sa mise en tension à travers des objets où des situations qui ont la capacité de l’évoquer et dont la résolution se fait par l’intermédiaire d’un acting out.

Les deux partenaires d’un couple nouvellement formé pris dans un amour passionnel sont encore en relations avec leurs ex-partenaires qu’ils viennent de quitter. Le couple est fréquemment tiraillé par l’irruption de ces histoires anciennes mais encore si présentes et en cour d’achèvement. Monsieur a reçut un message de son ancienne compagne, une violente dispute s’en suit : lui jure que tout est fini avec son ex-, qu’il n’aime qu’elle. Elle refuse toute explications, le rejette, le disqualifie,  pousse à bout. Le lendemain c’est elle qui reçoit des nouvelles de celui  qui partageait sa vive il y a peu. Son nouvel amant se sent alors blessé, il est envahit par un sentiment d’injustice : Pourquoi l’a-elle agressé hier, alors que la même chose ce produit aujourd’hui. Elle ne croit pas en ses sentiments quand elle manifeste sa jalousie et l’agresse, il est touché par une détresse extrême dans un « au delà du désespoir ». Envahit par une angoisse qu’il ne peut nommer et même identifié, il ne trouve  en lui alors que  rage et violence, comme quand il fut abandonné par sa mère et placé dans une institution où il ne trouva jamais sa place, car éternel indiscipliné.  Il est pris dans cette détresse extrême comme à chaque fois qu’il doit faire face au risque d’abandon. L’objet réel s’efface devant le fantasme, le passage à l’acte devient imminent[4].La suite  du scénario ne sera plus déterminé par la situation présente mais par son fantasme ; l’absent le persécute : « si l’autre l’abandonne, il n’existe plus, il est anéanti. Absent de lui-même il frappe et frappe encore, elle n’est plus, elle s’effondre, l’amour c’est retourné en haine, la lune de miel vient de se muter en lune de fiel...

L’élaboration théorique faite par F Ansermet de cette scène de violence conjugale met en lien marqueur somatique et pulsion. La théorie des marqueurs somatiques donnant et fournissant un substrat biologique à l’énigmatique ancrage somatique de la pulsion[5]. La pulsion est pour S.Freud un concept limite entre le psychisme et le somatique[6], c’est le nouage entre corps et le psychisme qui impose un travail de mentalisation. L’objet est ce par quoi la pulsion peut atteindre son but, il est ce qu’il y a de plus variable dans la pulsion[7], à condition qu’il permette la décharge produisant la satisfaction. La satisfaction par la décharge étant une fonction de l’objet. L’état de tension lié à l’état du corps, à un état somatique se traduit dans le psychisme par l’excitation que cette marque somatique impose à cet appareil (accumulation d’énergie). L’état somatique déclenche une pulsion qui doit trouver un objet pour se décharger.   Le fantasme est justement ce qui noue l’objet méconnu de la pulsion et le sujet, objet inscrit sous la forme d’absence dans la vie fantasmatique qui oriente inconsciemment l’action[8]. Par ce chemin peut se comprendre l’imbrication entre état somatique, objet et fantasmes qui peuvent être mis en tension à travers des objets où des situations qui ont la capacité de l’évoquer. Cette activation fantasmatique va alors générer un état somatique désagréable insupportable qui se résout dans une action déterminé par cette marque somatique particulière liée à une expérience précoce d’abandon qui par le biais de la pulsion sera déchargé à travers une action en direction de l’objet premier où d’un ayant droit substitutif[9]. L’activation de l’état somatique est déclenchée par l’activation d’un scénario fantasmatique inscrit dans la réalité interne inconsciente. F Ansermet précise : une fois le scénario fantasmatique enclenché il se connecte à un état somatique spécifique exigeant une décharge qui court-circuite toute raison[10].

 

 

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L’acting

L’acting ici la violence conjugale résulte du débordement des défenses du sujet, elle est une réponse à une menace identitaire réelle ou imaginaire. Les derniers remparts tel que le clivage l’identification projective, le déni, la toute puissance l’omnipotence et l’idéalisation ne suffisent plus à protéger le Moi.  Deux type d’acting se distinguent mais la délimitation entre l’acting de comportement et l’acting out est mal établit.   

L’acting out est habituellement défini comme un acte impulsif et inconscient accompli par le sujet hors de lui-même, effectué à la place d’un « se souvenir »[12].  Dans l’acting out, le sujet ne se reconnaît pas l’auteur du scénario enchevêtré dans les phénomènes de répétition compulsive dont les contenus refoulés font retour souvent avec une grande fidélité dans la scène de violence. L’acting out est un acte impulsif soumis à la dynamique du transfert, il est la marque de l’émergence du refoulé. C’est un acte impulsif en rupture avec les systèmes de motivation du sujet[13]. Ce qui était jusque là maintenu à distance par le refoulement a débordé le sujet, auteur de ces actes. L’acte violent surgit à la place d’un « se souvenir », du souvenir douloureux de cet enfant qui malgré l’angoisse, celle qui signale sa détresse, ne sera plus consolé par sa mère, que  l’objet d’investissement libidinal ne viendra plus apaiser. Pour Freud l’affect est une quantité d’énergie libidinale,  un  « quantum d’affect » qui reste rattaché au souvenir. L’affect est donc une quantité d’énergie en lien avec des traces mnésiques, ici la disparition de l’objet d’investissement libidinal. L’affect peut être rapproché de la notion de pulsion comme quantité d’énergie libidinale qui après avoir subi le refoulement peut se transformer en angoisse. En 1926,  Freud souligne la proximité de ces notions et parle d’affect d’angoisse automatique quand l’appareil animique ne peut contenir une quantité d’excitations qui exigent d’être liquidées[14]. L’angoisse automatique apparaît quand le Moi est débordé par une quantité d’excitations pulsionnelles qui ne trouve de chemin de décharge. Lors de l’apprentissage par l’expérience, le bébé apprend que la mère peut lui permettre de mettre fin à son angoisse par sa capacité de rêverie, elle dissipe ses vécus dangereux. La perte, l’absence de la mère est ressentie par le Moi comme un signal d’alarme anticipant l’arrivée des dangers, l’angoisse signal est donc élaborée comme une défense pour se prémunir de l’angoisse automatique, ainsi peut se comprendre l’articulation entre l’angoisse et les fantasmes de perte de l’objet d’amour. Dans un premier temps la disparition de la mère est ressentie par le bébé comme définitive. Sans expériences suffisantes, il ne peut distinguer la perte définitive de l’absence temporaire, dès qu’il perd sa mère de vue il se comporte comme s’il ne devait plus la revoir[15]. La répétition des situations de satisfaction va permettre au bébé de constituer un objet, la mère. Cet objet en cas de besoin sera  investi d’une charge nostalgique, et ainsi l’infans, devant la perte de l’objet d’investissement libidinal, investi par la nostalgie, ressentira la douleur psychique, l’angoisse devenant la réaction au danger de cette perte. 

L’acte violent peut se comprendre comme une réponse à cette angoisse automatique qui ne trouve de moyen de décharge plus élaboré. Le contact avec des affects de la ligné dépressive est court-circuité et le contenu pulsionnel s’en trouve renversé. Du même coup c’est aussi tout l’investissement libidinal de l’objet qui subit de profonde modification. Freud considère que le renversement du contenu pulsionnel ne se rencontre que dans un cas; la transformation  de l’amour en haine[16].  C’est autour de l’objet que se noue ce dipôle, amour  haine,  aboutissant à ce que S Freud considère comme l’illustration la plus importante  de l’ambivalence des sentiments. Cette opposition aimer-haïr peut être éclairée en considérant que la vie psychique est dominée par trois polarités: Sujet (moi)/objet monde extérieur, plaisir/déplaisir, actif/passif[17]. C’est dans la rencontre avec l’objet, que  se noue cette opposition que se développe l’ambivalence. L’objet sera source de plaisir lorsqu’il met fin aux tensions internes, mais l’objet sera source de déplaisir par son absence.

 

 

 

Atteinte narcissique.

F Pache introduit la notion d’anti-narcissisme pour expliquer cette donnée. Il postule qu’il existe une tendance chez le sujet à se départir dès son origine d’une partie de son narcissisme qui est investi du coté de l’objet  et qu’il nomme anti-narcissisme[18]. Si l’objet est investi de libido, le sujet s’en trouve privé. L’anti-narcissisme est une ouverture sur l’autre, il participe de façon essentielle aux fondements de la relation à l’autre, à l’altérité.  Le sujet se constitue sur la qualité de la relation entretenue avec l’objet, mais de façon complémentaire, sans que soit soulignée l’opposition entre objet et narcissisme de la relation. Si la permanence de l’objet d’investissement libidinal vient à défaillir, la relation d’objet ne contribue plus au narcissisme, à la constitution du socle narcissique; objet externe et narcissisme s’opposent. Si la libido dirigée vers l’objet  ne fait plus retour, n’est plus source de plaisir, il n’est pas alors possible que s’élabore, que ce  constitue ce socle narcissique indépendant de l’autre, de l’objet d’investissement libidinal.

La disparition de l’objet, sa défaillance lors du développement de l’infans, de l’enfant, entrave la constitution des assises narcissiques, la dialectique entre relation d’objet et narcissisme emprunte alors des voies séparées et qui finissent par être antagonistes. Alors dans ces conditions et bien que les assises narcissiques se constituent à partir de la relation d’objet, l’appétence objectale ne sera pas ressentie comme anti-narcissique mais comme une perte narcissique car la permanence de l’objet n’a pu s’établir dans le monde interne du sujet. La défaillance de l’objet conduit à la défaillance des bases,  de l’assise  narcissique du sujet et participe à la défaillance de l’auto-estime qui induit le débordement du Moi, exprimé par la violence altérant alors la relation à l’autre. La violence s’instaure comme une réponse à une blessure narcissique, comme une réponse inadmissible  pour restaurer le sentiment d’auto-estime. Philippe Jamet[19]souligne particulièrement cette menace identitaire, cette blessure narcissique, la violence, le passage à l’acte, étant  pour lui une réponse à cette menace identitaire, qui tente d’anesthésier cette blessure narcissique impossible à suturer.

            Si dans la relation d’objet, objet et narcissisme ont été antagonistes alors ne pourra se nouer une relation suffisamment indépendante du coté de la génitalité, à un objet génitalisé.  Le moi se refuse à ce commerce par trop inéquitable qui ne fait que souligner et resurgir la dépendance.  Plus tard  dans la relation à un objet génitalisé s’opposeront relation d’objet et narcissisme, même si, à première vue, l’objet d’amour génitalisé vient alimenter le narcissisme, plus précisément vient combler les failles narcissiques du sujet, choix d‘objet narcissique et non par étayage. Dans de telles circonstances la relation à l’objet peut alors tendre vers le narcissisme illimité, vers ce sentiment océanique dont parle Sigmund Freud[20], et bien que tentative pour nier, dénier la dépendance elle ne fait que la renforcer. Fondus ensemble confondus l’un et l’autre, il devient alors impossible de se détacher car le lien n’existe plus dans cet état fusionnel. La violence n’est pas qu’une réponse au risque de confusion, induit par l’intensité du sentiment amoureux, elle est une réponse à tout mouvement, qui viendrait remettre en cause cette idéalisation fusionnelle.

 

 

 

L’intersubjectif.

 

Violence et identification projectives.

            Ce qui fait apparaître la violence dans la relation chez l’homme auteur de violence, est l’impossibilité pour cette personne de revisiter, de se soumettre à la difficile oscillation qui va de la position schizo-paranoïde à la position dépressive. La conflictualité dépressive impossible à aborder, en lien avec la position dépressive, peut être décrite comme une situation dynamique comprenant l’ensemble des affects et des sentiments éveillés par la perte de l’objet d’investissement libidinal. Elle se traduit  par des perturbations plus ou moins importantes et évidentes de l’auto estime et/ou de l’humeur[21].  Il est impossible pour ces personnes de côtoyer leurs faiblesses, leurs blessures, ce qui dans la faillite de l’idéal du moi vient  combler par un moi idéal omnipotent, les failles narcissiques constitutives de ces personnalités. La scène de violences conjugales en est le prototype. Les angoisses de perte, d’abandon, génèrent des angoisses dépressives par trop insupportables qui induisent une défense extrême, la position schizo-paranoïde. Dans la position schizo-paranoïde, l’objet des pulsions érotiques et destructives est séparé en bon et mauvais objet (désintrication pulsionnelle[22]) qui subiront des destins différents par le jeu des introjections et des projections. Pour C. Balier c’est dans le registre du manque au niveau de l’introjection (bon sein) qu’il faut comprendre la désunion, la dé-intrication pulsionnelle, dont résultera lors de la scène de violence  l’excès d’extrojection (mauvais sein) de qualité psychique par identification projective.  Dans le moi soumis au même phénomène, coexistent deux attitudes psychiques à l’endroit de la réalité extérieure, l’une en tient compte, l’autre dénie la réalité en cause et met à sa place une production du désir, pouvant aboutir à la formation d‘un symptôme[23], ici la violence. 

            Ce qui ne peut être dit, ce qui ne peut être entendu, ce qui doit être silencieux, ce qui a été blessé et qui ne doit jamais plus être ressenti, est agi. Il faut qu’elle se taise, le couteau est dans la plaie et il faut l’ôter. Alors il la frappe et elle se tait. Elle souffre, elle est humiliée, elle est impuissante, elle a dit des mots qu’il ne supporte pas, lui a mis ces maux en actes. Il obtient ainsi un illusoire contrôle sur son monde interne, et éloigne par cette mise en acte la souffrance insupportable qui le constitue. Freud souligne ce mouvement du moi où le moi extrait une partie intégrante qui est rejetée dans le monde extérieur et est ressentie comme hostile[24]. Pour Mélanie Klein, l’identification projective projette les parties clivées du soi sur l’objet et de ce fait permet de confondre le soi et l’objet qui vient à le représenter[25] . Pour Bion les mécanismes d’identification projective permettent de déposer le mauvais objet dans l’autre[26]. Bion précise que se sont les éléments Bêta, ce qui ne peut être symbolisé, qui sont évacués par identification projective, et jouent un rôle déterminant dans la production d’un acting out[27].

            Ce n’est pas l’autre qui est visé, c’est bien  lui-même que l’auteur attaque une partie de lui, une instance psychique en position ectopique. Lui ne peut être cet être faible au risque de ne jamais se relever,  elle peut souffrir ce que lui ne pourrait endurer.  La victime, mauvais objet de l’auteur, n’est donc que la partie projetée en elle par l’auteur. Par identification projective, est déposé chez la victime ce que l’auteur ne peut supporter de lui-même, ce qu’il haït en lui, ce qu’il faut expulser en l’autre, et qui pourra dans un second temps être attaqué. Ma pratique avec des personnes atteintes de graves troubles psychotiques m’a permis d’observer à plusieurs reprises ce phénomène. Sortant d’un cinéma avec un groupe de patients l’un d’eux saisit brusquement l’oreille d’un passant, la tire violemment, jusqu’à mettre à genou cette personne. L’explication que me donne alors le patient qui avait d’importantes hallucinations auditives est la suivante: Je lui ai tiré l’oreille car son oreille me disait de choses. La limite entre monde interne et monde externe n’existe plus mais c’est bien une partie de son corps qui est vu en l’autre et attaquée. Donc « l’autre violenté » , la femme n’est que cette partie de lui-même que l’auteur voit en l’autre représentant ectopique externe d’un objet interne menaçant, subissant une attaque mais qui n’est que sa propre fragilité, son propre chaos, son manque à être, situé en l’autre et qu’il s’agit de détruire. En attaquant l’autre c’est donc une partie de lui-même qu’il attaque, une part de lui qu’il exècre, et qu’il préfère ainsi méconnaître. J D Nasio rappelle la pensée de Freud et de Lacan au sujet de l’être aimé qui est en premier lieu une instance psychique, et combien cette instance est différente de la personne réelle; L’aimée est une personne mais surtout cette part ignorée et inconsciente de nous-même; le a de « l’objet a » n’est en fin de compte qu’un nom pour désigner ce que nous ignorons cette chose qui est perdue cette instance déposée chez l’autre[28]. Pour Maurice Hurni et Giovanna Stoll cette modalité de la relation inconsciente peut procèder d’une dynamique délétère propre aux attaques perverses où certaines parties du moi jugées mauvaises ou plus globalement tout conflit psychique sont injectés dans l’autre. La partenaire est alors prise dans cette conflictualité impossible à mentaliser pour l’auteur de violences domestiques et conjugales à la fois mauvaise et indispensable. Elle devient indispensable non seulement dans le lien mais dans cette économie psychique qu’elle permet, protégeant l’auteur de son anéantissement psychique par ses objets internes défectueux[29] qu’elle va incarner.

 

Identifications projectives et capacité de rêverie.

            Dans la relation l’apparition de la violence marque la fin de la possibilité de transformer ce qui a été déposé chez la victime et qu’elle ne peut plus métaboliser. Le conte  « La mère de tous les contes » nous en donne une illustration :

            « Une femme attend son mari bûcheron, qui comme chaque soir après avoir fermé la porte,  saisit  un bâton et  la frappe.  Un jour elle sent la vie en elle, il faut qu’elle protège cet enfant! Alors chaque soir quand son époux rentre, elle invente une nouvelle histoire, un conte et par ce stratagème protège, elle et l’enfant qu’elle porte. Ainsi furent créés tous les contes[30] ».

Ce conte est assez instructif, entre les lignes, de façon latente, un contenu implicite se dégage. Que dit ce conte; qu’une femme battue continue a avoir des relations intimes avec son compagnon que la violence est unilatéral, et que son compagnon n’a pas besoin de prétexte pour asséner des coups. Mais ce conte ne dit pas qu’elle est sans doute abusée.  Ce conte montre lui aussi que madame ne part pas, elle reste et ne trouve un moyen de se protéger que lorsqu’elle porte un enfant. C’est donc à elle qu’appartient le travail de mentalisation des difficultés de son compagnon ce devoir lui incombe. Ce conte renvoie à l’épouse, à la compagne la responsabilité de tranquilliser celui qui partage sa vie. Il est donc de la responsabilité de madame de calmer monsieur, cela fait parti de son rôle social. C’est elle qui détient cette responsabilité, et c’est aussi ce qu’imaginent les femmes victimes de violences conjugales et domestiques. Si monsieur la tape, c’est qu’elles y sont pour quelques choses. Prisent dans la logique tyrannique de leurs compagnons elles imaginent être responsable de son malaise, de ne pouvoir le soigner, le réparer, de n’avoir pas compris ses silences. Le discours de l’auteur a fait effraction dans le monde psychique de la victime. Elle se sent responsable de la violence de l’auteur. C’est elle qui l’a poussé à bout, qui ne l’a pas compris. Mais qu’elle est le choix inconscient qui fait rester la femme du bûcheron? quels sont les intérêts psychiques qui la surdéterminent à ne pouvoir se protéger avant que la vie ne soit en elle? 

Du coté de l’auteur, c’est donc la victime qui ne comprend pas ses silences. Elle ne peut empêcher la violence de l’auteur que si elle lui permet de faire face à ce qu’il ne peut symboliser et qui le hante que les contes transforment et permettent d’élaborer . Elle ne rêve plus les contenus inconscients non digérés, non symbolisés de l’auteur, dans le rapport de l’auteur à l’objet d’investissement libidinal, en lien avec la perte, la menace de perte ou l’absence de cet objet. Elle ne transforme plus les messages inconscients des identifications projectives de l’auteur. R Friedman[31] dans une étude sur le rêve met en relief le rôle de l’identification projective dans les processus relationnels inconscients. L’identification projective[32] est, pour lui, à voir en terme de combinaison d’une projection externe de communication d’un message inconscient et d’une identification. L’identification projective n’est pas sans effet sur l’autre et est à comprendre comme une transformation du Soi à travers le travail psychique, le processus  que cet autre mettra en œuvre à sa place. La victime ne met plus en œuvre ce travail de transformation du Soi de l’auteur, elle ne digère plus, ne mentalisera plus les identifications déposées par l’auteur en elle, elle ne transforme plus les messages inconscients de l’auteur. De même ce refus de la projection, cette contre-identification projective, cette difficulté d’expulser des objets internes en l’autre participe ou serait le moteur de cette rage narcissique de l’auteur et déclenche sa violence[33].

Ce conte souligne une autre dimension que l’on rencontre dans la violence conjugale: Pour Mélanie Klein, une des aspirations importantes de la vie se fonde sur ce que l’enfant a vécu dans ses premières relations à sa mère, celle d’être compris sans avoir besoin de recourir à la parole, et cette aspiration importante est donc à comprendre comme une nostalgie des toutes premières relations à la mère[34].  Ce phénomène peut être éclairé en utilisant le concept de sociabilité syncrétique proposé par J Bleger qui distingue la sociabilité par interaction, et la sociabilité syncrétique[35]. La notion de sociabilité syncrétique est basée sur un lien profond préverbal qui se dispense du langage, qui s’établit sans interaction, sans regard, sans mise en mot. Cette sociabilité peut se comprendre comme un état de non distinction, d’indifférenciation, de fusion elle prend appuis sur des noyaux psychotiques de la personnalité. C’est l’arrière fond de tout groupe, de toute relation où chacun des membres du groupe (couple) n’a pas d’existence propre mais est soumis à une transitivité permanente, et à l’indifférencié. Cet arrière fond syncrétique précède toute interaction c’est ce qui fait lien avant l’interaction, cette  sérialité dont parle J.P Sartre où un individu est équivalent à un autre et où pour J. Bleger le groupe existe déjà en ce qu’il se forme par cette interaction syncrétique. Les règles existent elles organisent une structure par exemple celle de la file d’attente premier arrivé premier servit par opposition à la règle de la pile où le dernier arrivé est le premier servit. Les normes sont silencieuses mais leur non respect entraîne le tollé, celui que s’attire l’individu qui passe devant tout le monde dans une file d’attente. La sociabilité syncrétique est une sorte de matrice de base, de champ de force,  la base du lien qui reste clivé de la strate interactionnelle consciente. J Bleger en donne cette illustration ; un enfant s’affère à une tâche dans la même pièce sa mère est absorbée par la télévision, la lecture ou tout autre activité. L’enfant et sa mère semblent indépendant l’un de l’autre ils n’échangent aucun regards, aucune paroles, aucune communication, nul interaction ne peut être décelé. Si sa mère se lève pour se rendre dans une autre pièce immédiatement l’enfant interrompt son activité pour rejoindre sa mère. L’enfant par se mouvement matérialise le lien qui les unissait et qui lui permettait de jouer,  de maintenir clivé  dans un autre,  la sociabilité syncrétique  ici sa mère  comme dépositaire fidèle de ses parties psychotiques[36]. Toute atteinte à ce mode de sociabilité entraîne une situation de malaise grave et conduit à des affrontements[37]. Pour J Bleger la sociabilité syncrétique et identifications projectives seraient le même phénomène décrit de points de vue différents, l’un phénoménologique l’autre naturaliste[38]. Ces atteintes de la sociabilité syncrétique seraient conséquentes de violentes identifications projectives déposées dans le champ relationnel lors des diverses relations du couple et/ou familiales, mais également ces atteintes syncrétiques ne sont que répétitions trans-générationnelles : disqualification, dénigrement, insultes, violence psychologique et verbale, constitutifs de la relation à l’autre dans la famille d‘origine.    Cette dimension « être compris sans avoir besoin de recourir à la parole », cette aspiration syncrétique se rencontre aussi dans le mythe d’Abel et Caïn, et là aussi ce défaut de parole engendre la violence. Caïn n’entend pas la loi, il n’est pas compliant à la règle du don. Mais bien au de là il désire être compris sans recourir à la parole, il désir être compris sans avoir à demander, allégorie imaginaire d’un temps où besoin demande et désir étaient confondus. Il demande à être compris dans cet espace d’indistinction, il demande au père de lui prouver son amour en le dispensant de la loi  sans rien en formuler. Drôle de formule qui demande une dispense à celui qui représente la loi, mais sans recourir au discours, à la parole, nouvelle dérobade. Il demande de ne pas substituer le nom du père à être le phalus de la mère comme demande d’amour.  Dès lors  il ne dialogue qu’avec lui même, il plonge dans une relation imaginaire aux autres et émarge aux abonnés absents du discours. En s’absentant de la parole,  s’organise une défaillance des capacités de symbolisation par le manque de présence à l’Autre là où il refuse de s’inscrire dans la loi du discours, dans la loi des hommes et de leurs dieux. Cette absence de parole renvoie à une relation spéculaire, à la négation de l’altérité,  ainsi que le soutient Didier-Weill[39], là où l’absence de la pensée verbale et de la parole n’assurent plus la suspension de la décharge motrice[40], là où par le sacrifice de la parole et de la subjectivité, l’altérité et l’intersubjectivité disparaissent du même coup[41]. Là où l’envie et la jalousie nourrissent la haine meurtrière, là où d’altérité il n’est pas question, là où seul le ou-exclusif (XOR (moi, ou l’autre mais pas les deux)) fait loi. Le meurtre d’Abel est un meurtre du silence, comme les homicides résultant de la violence conjugale, enfermés jusque là dans le huis clos silencieux de la famille reflet du huis-clos imaginaire de l’auteur emmuré dans d’un dialogue interne qui ne connaît plus l’autre.

C’est aussi cette dimension qui est transformée dans le conte « la mère de tous les contes » par la compagne du bûcheron, par la capacité de rêverie déployée. Ce conte, renvoie à la capacité de transformation des éléments bêta par la fonction alpha, des identifications projectives, déposées en elle et dans le champ relationnel, là où la mise en mot suspend la mise en acte.

           

 

Champ relationnel et pacte dénégatif.

            L’histoire de la violence n’est que rarement une création originale elle est souvent inscrite dans l’histoire familiale des partenaire. Elle se transmet sur plusieurs générations comme un héritage que nul ne désire, et dont nul ne semble être conscient. Ce qui demeure méconnu de l’un, de l’autre ou des deux protagonistes, peut être considéré comme le fruit d’un pacte dénégatif, qui est la condition nécessaire à ce qui fait lien. Pour René Kaës, le refoulement et les contenus refoulés sont les actes constitutifs des pactes inconscients. Leurs produits cimentent les sujets les uns aux autres et à l’ensemble groupal par des intérêts surdéterminés. Ce pacte, cet accord inconscient, garantit en ces termes qu’un certain nombre de choses doivent demeurer, dans une volonté de méconnaissance, refoulées, éloignées, déposées, mises à distance, niées et  déniées,  afin  d’établir et de maintenir le lien qui  unit entre eux les membres du groupe au groupe[42] . Pacte de nature inconsciente, le pacte dénégatif est le constituant nécessaire au maintien d’espace psychique commun. Il est rendu indispensable pour soutenir certaines fonctions de l’intersubjectivité, garantissant ainsi la continuité des investissements et bénéfices co-dépendants et structurels du lien groupal du groupe familial. Le pacte dénégatif maintient refoulé, irreprésentable, imperceptible, dénié ou désavoué, ce qui pourrait remettre en cause la formation et/ou le maintien de ce lien groupal, ici le groupe famille. Souvent celui qui exerce des violences à des difficultés à reconnaître, identifier, nommer les violences qu’il a lui-même subit ou dont il a été témoin dans sa famille d’origine.

             Mélanie Klein explique ainsi le choix amoureux: « Dans une relation amoureuse les inconscients des partenaires amoureux se correspondent[43] ». Ce qui fait lien, un des fondements inconscients de ce lien amoureux, ici est l’histoire de la violence rencontrée dans sa famille d’origine. Ce qui a donc réuni ce couple est cette souffrance. Les fantasmes de réparation et de haine vont chacun choisir leur camp; il la frappe, elle pense qu’elle pourra le sauver, le soigner, le réparer. Cette dimension synchronique dans la relation du couple faite de co-dépendance, a son pendant diachronique dans la vie du couple où alternent les périodes de lune de miel et les périodes de violence[44].   

            L’idée de champ élaborée par M. et W. Baranger permet de considérer que toute dyade relationnelle  engendre un champ qui l’inclut. L’idée de champ peut se rattacher à la notion de fantasme inconscient bi-personnel. Le fantasme bi-personnel, à ne pas confondre avec le fantasme inconscient tel que formulé habituellement, comme expression de la vie pulsionnelle, se constitue par le jeu croisé des identifications projectives[45]. Le champ qui se déploie lors d’une interaction n’est pas la résultante des deux états mentaux internes. Le champ est indépendant de la volonté des deux protagonistes. Il se crée lors de la rencontre à l’insu de tous et a des qualités dynamiques qui lui sont propres et indépendantes des deux individus engagés dans la relation. Pour Correale le champ, amalgame complexe et mobile, est pour l’individu à la fois différent et séparé de lui. Le sujet y projette ses tensions et ses sentiments dont il se trouve alors clivé. Le champ, dans ces conditions, lieu de dépôt des identifications projectives, réservoir des sentiments, des émotions évacuées comme éléments bêta, trace par ces constituants les lignes de forces  qui conditionnent la relation et où elle vient s’inscrire Le champ est structuré par des contenus échappant à toute mentalisation. Le champ actuel  est alimenté par le champ historique, en lien avec l’histoire du couple, de ses disputes, de ses non-dit, de ce qui ne peut être symbolisé. Le champ relationnel qui se déploie dans le groupe familial, est aussi en lien avec ce qui, dans l’histoire de l’auteur et de la victime, les réunit à leur insu comme  « témoins victimes » des scènes de violences conjugales. Cet héritage trans-générationnel infiltre et trace les lignes de force du champ relationnel, il entre en collusion avec ce qui fonde et permet le maintien des liens: le pacte dénégatif, l’histoire de violence familiale rencontrée par chacun des protagonistes dans son enfance, là où dans une relation amoureuse les inconscients des partenaires amoureux se correspondent. La boucle de la relation aliénante ainsi se referme et emprisonne alors auteur et victime.



[1] Aubertel  F 2005 Formations aux thérapies familiales analytiques Thonon-les Bains.

[2]  D et B Marquet de Longree, 1998 De la faute à la fatalité ou la forme d’un Mythème,  Psynergie Copyright 1998D et D Marquet De Longree Psynergie Novartis Pharma Page 3.

[3] Balier C., 1988 Psychanalyse des comportements violents Paris, PUF, page 58.

[4] Balier C., 1988 Psychanalyse des comportements violents Paris, PUF, page 99.

[5] Ansermet F et Magistretti P, 2004, A chacun son cerveau  Paris Odile Jacob Page  124.

[6]   Freud S., 1915  Pulsions et destins des pulsions Métapsychologie Paris édition Gallimard 1968 page   17

[7]  Ibid page 19.

[8]  Ansermet F et Magistretti P, 2004, A chacun son cerveau  Paris Odile Jacob Page  121.

[9] Ibid page 119, 120, 121,122.

[10] Ibid page 125.

[11] Ibid page 121.

[12] Chémama R,Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse Paris 1993, page 4.

[13] Laplanche J et Pontalis JB vocabulaire de la psychanalyse, PUF 1976, page 6-7-8.

[14] Freud Sigmund Inhibition symptôme et angoisse Page 74 Puf 1978

[15]  Francisco Palacio Espasa dépression de vie et dépression de mort Édition érès 2003 page 35.

[16] Sigmund Freud  1915 Métapsychologie Gallimard Paris 1968, page 24,25.

[17] Sigmund Freud  1915 Métapsychologie Gallimard Paris 1968, page 34,35.

[18] Pierre Dessuant, 2002, le narcissisme, Paris PUF p 64.

[19]  Jamet Philippe La violence comme une réponse à une menace sur l’identité, http: //rmsq. cam. Org/ filigrame/archive/violence.htm , Page 3.

[20] Freud Sigmund, Malaise dans la civilisation,  Paris PUF, 1979 page 6-15-16.

[21] Palacio  Espasa F, Dépression de vie dépression de mort Édition érès 2003 page 20.

[22] Balier Claude, Psychanalyse des comportement violent, PUF 1988,6ième édition 2003, page 42, 44

[23] Laplanche J et Pontalis JB,Vocabulaire de la psychanalyse, PUF Paris 1976  page 67, 68, 69, 70.

[24] Freud 1915 Métapsychologie Paris, Gallimard 1968, Page 37.

[25] Klein Mélanie Envie et gratitude et autres essais Gallimard 1968 pages 35.

[26] W Bion Réflexion faite PUF Paris, 2003, p 103.

[27] Bion W R Aux sources de l’expérience, 5ième édition Presse Universitaires de France, page 25.

[28] Nasio JD 1996 le livre de la douleur et de l’amour   édition Payot Paris page 112

[29] Hurni M etStollG 1998 Contribution à la Thérapie des relations perverses, Le divan familial, N°1 In presse édition Page 109.

[30] Drevon Martine février 2003 cours FPP Ferney-Voltaire.

[31] René Kaes La polyphonie du rêve Dunod Paris 2002 page 92.

[32] Projection à l’intérieur du corps de la mère des parties clivées de la propre personne du sujet (Laplanche J et Pontalis J B).

[33] Hurni M etStollG 1998 Contribution à la Thérapie des relations perverses, in Le divan familial, N°1 In presse édition Page 111,112.

[34] Mélanie Klein 1968, Envie et gratitude, Gallimard, p 122.

[35] Bleger José, 1987, Le groupe comme institution et le groupe dans les institutions, in Kaës R et al, L’institution et les institutions 2ième édition2001 Dunod page 48.

[36] Ibid page 53,60.

[37] Neri Claudio,1997, Le Groupe Paris Dunod, pages 39,40.

[38] Bleger José, 1987(édition Bordas), Le groupe comme institution et le groupe dans les institutions, in Kaës R et al, L’institution et les institutions 2ième édition 2001 Dunod page 51.

[39] Didier-Weill Alain, Caïn l’homme furieux, Violence des familles Autrement, édition Autrement, page 17,18.

[40] Bion W R Aux sources de l’expérience, 5ième édition Presse Universitaires de France, page 75.

[41] Châtelain Denis La vouivre Genève 2003 page 106.

[42] Kaës René Le groupe et le sujet du groupe Paris Dunod 2000 page 264, 265,266.

[43] Klein l’Amour et la haine Édition Payot 1968 page 113

[44] La spirale de la violence si souvent décrite en est l’illustration. L’auteur après la mise en acte des fantasmes de destruction de l’objet, met en acte ses fantasmes de réparation ; la lune de miel.

[45] Neri Claudio,1997, Le Groupe Paris Dunod, pages 46.

 

 

 

 

Des liens sur le traitement des auteurs.

 

 

 

Denis Chatelain.

  1. [PDF]

    traitement des auteurs de violences conjugales et familiales - Vires

    www.vires.ch/documents/Chatelain.pdf
     
    TRAITEMENT DES AUTEURS DE VIOLENCES. CONJUGALES ET FAMILIALES. Du lien institutionnel au lien de la vérité*. DENIS CHÂTELAI **. «Il n'y a ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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