Traitement des auteurs de violence conjugale. 

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Les modéles thérapeutique  Théories explicatives     Les modéles d'interventions.  Approche féministe.  Approche psycho-éducative.    Approche compotementale et cognitive.    Approche sytémique    Approche psychanlytique.      Théorie de l'attachement

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-1-  Violences domestiques et conjugales.         Haut de page

1.1. Définition.                    retour

L’Organisation mondiale de la Santé définit la violence et la violence conjugale comme suit:

            L’usage délibéré ou la menace d’usage délibéré de la force physique ou de la puissance contre soi même, contre une autre personne ou contre un groupe ou une communauté qui entraîne ou risque d’entraîner un traumatisme, un décès, un dommage moral, un mauvais développement ou une carence[1].

La violence conjugale, ou violence domestique, est un processus au cours duquel un partenaire utilise la force et/ou la contrainte pour organiser et perpétuer des relations de domination. Les comportements agressifs et violents ont lieu dans le cadre d'une relation de couple (entre deux époux, conjoints ou ex partenaires) et sont destructeurs quelque en soit leur forme et leur mode. A la différence du conflit conjugal, la relation entre les deux partenaires est inégalitaire.     

Dans la culture anglo-saxonne, « domestique violence » désigne l’ensembles des violences exercées en famille, contre les enfants, les parents, la (le) partenaire. Dans les pays francophones le terme « violence conjugale » qualifie la violence envers l’époux ou l’épouse, la ou le partenaire. Le terme « violence domestique » qualifie les autres types de violences dans la famille nucléaire ou élargie.                                                                                       

 

1.2. Typologie de la violence.       Retour accueil   Haut de page

On distingue généralement trois types de violences, la violence auto infligée, la violence interpersonnelle, la violence collective.

 

 

 

Ÿ         La violence auto infligée comprend les tentatives de suicide, les suicides et les sévices que la personne s’inflige (scarifications, brûlures).

 

  • La violence interpersonnelle se subdivise en deux sous groupes:
  •  La violence interpersonnelle  envers le partenaire (violence conjugale) ou la famille (violence domestique) et la violence communautaire qui s’exerce à l’encontre de connaissances ou des étrangers (racisme).

     

 

Ÿ         Le troisième grand type est constitué par la violence collective (sociale, politique, économique).

Les racines de la violence peuvent être comprises selon le modèle écologique[2]. Quatre niveaux d’analyse doivent être pris en considération.

 

 

 

 

Ÿ         Le premier niveau est celui de la composante bio-psycho-sociale de l’individu, son histoire de vie, ses antécédents, les maltraitances subies sont évaluées comme un facteur de risque.

Ÿ         Au second rang les liens, les relations aux autres, à la famille, aux amis.

Ÿ         Le troisième niveau à prendre en considération est celui de la communauté des stéréotypes qui y ont court.

 

Ÿ         Le quatrième niveau est celui de la société, de la norme sociale de la loi.


            La problématique de la violence est complexe et ne peut se réduire à un type unique d’approche théorique. Cette réduction faisant courir le risque de la métonymie où l’objet étudié serait réduit à un point de vue. Divers modèles sont à prendre en considération, ces éclairages variés donnant tout son relief à l’objet étudié, à cette problématique. Ce texte se propose de porter un regard sur la psychopathologie de cette problématique et par cet angle de vue de décoder spécifiquement la violence domestique et conjugale du coté de l’auteur, de la relation à l’autre, puis de la relation entre l’auteur et la victime. Cette façon de considérer ce problème n’excluant en rien les autres points de vue et, bien au contraire, certaines notions empruntées à d’autres champs théoriques alimenteront la réflexion sur cette clinique et sa psychopathologie. La limite de ce travail est de ne pas prendre la partie pour le tout, c’est à dire de ne pas réduire cette problématique à ce focus.

 

1.3. Typologie des violences conjugales.     Retour accueil       haut de page

Cinq types de violences sont généralement distingués ; les violences physiques, les violences psychologiques, les violences verbales, les violences économiques et les violences sexuelles.

Les violences physiques : Frapper, bousculer, secouer, tirer les cheveux, donner une claque, un coup de pied, pour porter atteinte à l’intégrité physique de la personne. On peut aussi considérer que la violence contre les animaux ou les objets sont à inclure dans ce type de violences.

Les violences psychologiques elles se caractérisent par le dénigrement, la disqualification, les insultes, les menaces, le chantage dont le chantage au suicide, et les tentatives de suicides l’isolement, le contrôle des fréquentations. Elles portent atteinte à l’intégrité psychologique de la personne.

Les violences verbales, souvent incluses dans les violences psychologiques, elles contribuent aux relations de domination, et elles participent à créer un enfer relationnel par l’emploi d’un ton brusque, de cris, d’explosions verbales. Ce n’est pas seulement le volume sonore qui est à considérer, le ton employé peut suffire.

Les violences économiques, sont constitués par le fait qu’un des partenaires s’accapare les revenus du couple, contrôle les dépenses de l’autre, prend les décisions économiques sans tenir compte de l’avis de l’autre.  L’un des partenaires peut aussi exercer son emprise par le contrôle professionnel de l’autre en lui interdisant d’exercer un emploi pour le plonger dans une dépendance économique.

Les violences sexuelles, sont constituées par le fait d’imposer des relations ou des pratiques sexuelles non désirées par l’autre.

Toutes ces forment de violences sont généralement associées, elles participent à l’institution d’une relation de domination et d’emprise sur l’autre. Elle peuvent se présenter sous des formes variées et subtiles, ainsi  monsieur en restant au chômage ou en perdant son travail peut exercer un chantage affectif sur madame et  ainsi tenter de la dissuader de partir. Les menaces suicidaires ou les tentatives de suicide peuvent elles aussi participer au même processus.

 

 

1.4.  La violence en chiffre.            Retour accueil          haut de page

Quelques chiffres sont cauchemardesques; en Europe une femme sur trois serait victime de violences conjugales[3] . Une étude réalisée entre 1990 et 1999 montre qu’une femme sur cinq est victime de violences physiques ou sexuelles de la part de son conjoint au cours de sa vie, et deux sur cinq de violence psychologique[4].  En France plus de la moitié des femmes victimes d’homicides ont été tuées par leur partenaire ou leur mari[5]. Ces violences dans les relations intimes sont devenues, pour les Européennes de 16 à 44 ans, la première cause d’invalidité et de mortalité[6].Une des autres caractéristiques est la durée d’exposition des sujets à cette violence Dans une étude réalisée à Genève par la consultation spécialisée dans la prévention de la violence, la violence interpersonnelle représente 82,5%  (1306/1583) des cas et la violence domestique représente 61,7% (n=877) de ces violences interpersonnelles. La plus forte proportion de patients exposés à des épisodes répétés de violences a été trouvée parmi cette population. Violences domestiques (n/n1 = 841 / 984, 86%); et sur 697 patients rapportant plus de 5 épisodes antérieurs de violence, 682 (98%) étaient impliqués dans un processus de violences domestiques. Dans ces situations de violences répétées, la durée du processus violent dépassait un an dans 68% des cas[7]. De plus, en cas de violence grave envers une partenaire il est retrouvé dans 77% des cas de la violence sur les enfants[8].

Les stéréotypes tel que penser que les violences de genre sont plus fréquentes dans les pays « machistes » du sud de l’Europe que dans les Etats du nord ne reflète pas la réalité des chiffres. En Roumanie, le pays européen où la violence domestique contre les femmes est la plus grave où chaque année, en moyenne, pour chaque million de Roumaines, 12,62 sont tuées par leurs partenaires masculins. Mais, les pays les plus féminicides, immédiatement après la Roumanie sont des pays dans lesquels, paradoxalement, les droits des femmes sont les mieux respectés, comme la Finlande, où tous les ans, pour chaque million de Finlandaises, 8,65 femmes sont tuées dans le huis clos domestique, suivie par la Norvège (6,58), le Luxembourg (5,56), le Danemark (5,42) et la Suède (4,59), l’Italie, l’Espagne et l’Irlande occupant les dernières places[9]. Cependant cette étude, et sa réalité comptable doivent être nuancées, et il ne faut oublier le biais statistique du recueil de données qui est en lien avec la sensibilité de l’observateur et de la société par rapport à la problématique de la violence conjugale. Ainsi plus de 25%  à 35% des consultations des femmes dans les services d’urgences seraient motivées par de la violence conjugale alors que les urgentistes n’en repèrent que 2% à 3%, et 60% des médecins généralistes affirment ne jamais avoir rencontré cette problématique dans leur clientèle féminine[10].

Le premier recensement national des morts violentes survenues au sein du couple effectué en France et rendu public le 23 novembre 2005, indique qu'une femme meurt tous les 4 jours sous les coups d'un homme et un homme tous les 16 jours suite aux coups donnés par une femme. Cependant lorsqu'une femme est impliquée dans un homicide, une femme sur deux, auteur d'un homicide subissait déjà des violences, alors que ce n'est le cas que d'un homme sur quinze. La problématique du genre est relevée par ces affaires. En France elles sont essentiellement un phénomène masculin où l'intention de donner la mort est évidente; un décès sur dix résulte de coups portés sans intention de donner la mort. De plus selon Lee et Bouchard[11] trois facteurs différencient la violence des hommes et des femmes ; l’intention,  les conséquences et  son inscription sociale.  Pour ce qui est de l’intentionnalité la violence est souvent une réponse à une agression chez la femme alors que chez l’homme elle lui permet d’assoire son pouvoir  et de contrôler sa partenaire. Les conséquences diffèrent selon le sexe, aux violences des hommes on impute plus de décès et elles infligeraient des blessures plus graves. Sur le plan social la violence des hommes envers les partenaires est admise, jusqu’à un certain point, comme moyen de contrôle et de pouvoir dans la famille participant du modèle patriarcale. La violence des femmes ne bénéficiant par de la même  bienveillance et de la même tolérance[12] .

 La séparation et la grossesse sont des périodes où les risques sont élevés, 31% des passage à l’acte ont lieu durant la séparation. La grossesse représente un facteur déclenchant ou aggravant ainsi 25% de la mortalité des femmes pendant la grossesse est attribuée à la violence conjugale exercée par le père biologique comme l’a montré Fildes en 1992[13]. Au Canada 40% des femmes mariées agressées déclarent avoir subi les premières agressions physiques lors de la grossesse[14]. Dans l’ensemble des pays industrialisés 4% à 8% des femmes subissent des violences physiques durant leur grossesse[15].

 

Ne devrait-on pas présenter les choses autrement et ainsi éviter d’être traversé par ce que l’on tente de dénoncer, la problématique du genre étant à nouveau posée ? En se plaçant du coté de l’auteur, l’énonciation serait donc de dire, un homme sur trois engagé dans une relation de couple, est auteur de violences conjugales et domestiques, et un homme tous les quatre jours tue sa femme, sa compagne, lors d’une scène de violence. Un tel énoncé permet de positionner très clairement la problématique, il y a un auteur responsable des actes de violence, et l’auteur est celui qui donne les coups.

Mais ces chiffres  montrent le déni de cette violence dans des sociétés si promptes par ailleurs à dénoncer la violence. A cette question les spécificités de la violence conjugale et domestique apportent une réponse. La violence domestique et conjugale se déroule dans l’intimité de la famille, et elle est perpétrée par l’être aimé, deux traits difficilement conciliables avec l’idée même de violence. Le deuxième écueil étant la répartition dans toutes les couches socio-économiques de la population de cette violence. Il devient alors impossible de stigmatiser un groupe social, une catégorie sociaux économique, qui permettent l’exclusion de  cette population comme porteuse de cette tare. Cette violence renvoie et interroge chacun de nous et la société sur sa propre violence. 

             

-2- Les modèles thérapeutiques.

 

2.1. Théories explicatives.     Retour accueil        haut de page

            Fabienne Kuenzli-Monard propose, de classées en sept niveaux concentriques qui partent du centre vers l’extérieur, les différentes théories explicatives de la violence. Au centre le premier niveau localise la cause de la violence à l’intérieur de la personne, le septième cercle situe l’origine de la violence à l’extérieur de la personne.

 

 

 

 

Au premier niveau la violence est localisée à l’intérieur de la personne, la violence découle d’un problème de santé mentale. Une autre explication du même type attribue la violence à un manque de contrôle de soi à l’impulsivité. D’autres recherches pour le traitement des violences partent du même postulat et font intervenir soit un excès ou un défaut d’hormones, soit de neurotransmetteurs, par exemple un taux insuffisant de sérotonine pourrait être corrélé à une tendance à accomplir des actes violents[16]. La génétique propose aussi une théorie explicative de la violence faisant intervenir le polymorphisme du gène promoteur du transporteur de la sérotonine[17]. En l’occurrence, le déficit sérotoninergique qui a été rapporté en association avec l’impulsivité et l’agressivité impliquerait les cortex cingulaire antérieur et orbito-frontal où l’on trouve une forte densité de certains récepteurs de la sérotonine. Ce déficit pourrait être à l’origine d’une moindre capacité des efférences corticales à inhiber les structures sous-corticales responsables du passage à l’acte agressif, violent[18].

Mais aucune explication neurobiologique, actuellement, ne peut rendre compte du fait que ces hommes exercent essentiellement de la violence envers leur partenaire intime et rarement dans d’autres relations.

Ÿ         Le second niveau fait appel aux théories de l’apprentissage ou aux théories du développement. La violence découle de modèles relationnels appris pendant l’enfance tel que  l’exposition de l’enfant à de la violence domestique et conjugale, et/ou la justification de la violence dans le modèle éducatif parental: De même l’allèle induisant un déficit de la monoamine oxydase-A semble associé aux conduites antisociales et à la violence uniquement en cas de maltraitance dans l’enfance[19]. Il a été montré que les châtiments corporels durant l’enfance étaient corrélés à un taux supérieur de violence domestique et conjugale à l‘âge adulte[20]. Cependant certaines études nuancent ces résultats. Selon les résultats de l’étude de L Gillioz seuls les antécédents de violence verbale/comportementale dans la famille d’origine joueraient un rôle  déterminant. La violence physique et sexuelle n’aurait qu’un impact peu déterminant dans la violence conjugale[21]. M Berger pense qu’un enfant exposé à la violence conjugale est moins rapidement protégé par les professionnels qu’un enfant battu et que l’identification à l’agresseur représente l’ultime rempart pouvant lui permettre de faire face à ce qu’il vit. Les théories du développement psycho sexuel  fournissent par l’identification de l’enfant à l’agresseur lors des scènes de violence conjugale un concept pouvant expliquer la répétition de la violence chez ces sujets à l’âge adulte[22]. Le sujet identifié à un personnage parental tout puissant, met en acte l’organisation d’une unité fantasmatique entre un idéal du moi tout puissant et des imagos de la mère archaïque[23]. Les théories explicatives liées au développement psycho sexuel,  proposent aussi de relier la violence à une régression, à la désintrication  pulsionnelle, ou à un arrêt du développement. Elles mettent aussi en perspective l’aspect trans-générationnel de la violence et l’impact du traumatisme. L’exposition durant l’enfance à des scènes de violences conjugales comme histoire traumatique, peut être mis en relation avec un taux supérieur d’abus dans les relations intimes chez l’adulte[24]. L’influence trans-générationnelle de cette violence détermine pour l’adulte futur une plus grande tolérance  et/ou un recours plus fréquent  à la violence dans le couple[25].  Les garçons répètent le comportement violent, les filles sont davantage sujettes à tolérer un empiètement de leur intégrité[26].

Ÿ         Le troisième niveau localise l’origine de la violence dans les relations humaines. Deux théories explicatives prédominent; la théorie du contenant, et la théorie de la frustration-agression. Dans le premier modèle c’est l’accumulation des tensions qui déclenche la violence qui ne peut plus être contenue. Il y a un effet de seuil, la personne décharge le surplus de tensions par la colère et la violence. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ou la théorie de la cocotte minute et de la soupape qui évacue l’excès de pression. Le modèle frustration-agression en est un autre dérivé appartenant aux même élaborations explicatives: « l’agression est une réponse à la frustration ». La violence conjugale et domestique peut aussi se comprendre comme une réaction pour faire faces au stress (coping), comme une stratégie, une modalité « d’adaptation » aux stress.

Ÿ         Le quatrième niveau d’explication considère que l’abus et la violence résulte du blocage de la communication, et proviennent de la défaillance des capacités  et des possibilités relationnelles de la personne violente: « les hommes recourent à la violence car ils ont des difficultés à identifier leurs émotions, à exprimer leurs besoins et leurs sentiments ». Chez les auteurs de violence domestique et conjugale  certaines recherches ont constaté, un déficit cognitif des habilités dans l’expression verbale, dans la résolution de problèmes et son apprentissage, ainsi que dans l’expression de la détresse émotionnelle[27]. Ces déficits sont des bons prédicateurs de violence domestique et conjugale. Mais tous les hommes auteurs de violences domestique et conjugales inclus dans cette recherche ne présentaient pas ce profil.

Ÿ         Le cinquième niveau relie l’abus de substance et son  rôle déterminant dans l’apparition de la violence « la désinhibition ou l’altération du jugement induites par les toxiques provoquent la violence ».  L’abus de substances occasionnel semble peu impliqué dans la violence domestique, alors que l’usage routinier de toxique est fortement impliqué dans l’apparition de cette forme de violence[28]. De même l’alcool ne semble pas être considéré comme un paramètre ayant une influence déterminante  sur la répétition des violences[29]. Certaines études font valoir que le lien entre la violence et l’alcool est aussi une question de culture et qu’il n’existe que dans les contextes où les représentations collectives soutiennent que la boisson cause ou excuse certains comportements[30] .  L’addiction, la dépendance, renvoient au manque et à la façon dont le sujet organise sa relation au manque et au désir qui va se retrouver, se rejouer dans la relation du sujet à sa compagne.

Ÿ         Le sixième niveau décrit par Fabienne Kuenzli-Monard  aborde les théories circulaires de la violence. Ici l’attention est portée sur les interactions qui génèrent la violence. La théorie systémique de l’homéostasie est ici mise à contribution. L’auteur de violence dans les relations avec des intimes maintient par la violence l’homéostasie du système familial. La violence conjugale peut être comprise comme une relation complémentaire où l’homme et la femme occupent alternativement des positions hautes et basses. L’homme restaurant sa position dominante dans la relation de couple par la violence. La violence devient un mode relationnel, elle perpétue les inégalités au sein du « groupe famille »  et le déséquilibre du pouvoir dans les relations. Les comportements violents participent de cette façon à la survie du système familial tyranique. 

Ÿ          Au septième et dernier rang se rencontrent les explications, féministes ou socio -culturelles et la théorie fonctionnelle de L Walker. Léonore Walker[31] élabore une théorie inspirée par de nombreuses interviews de femmes victimes de violences conjugales. Elle décrit quatre phases dans ce qu’elle nome le cycle de la violence; la phases tension, la phases de violence, la phases  d’excuses et la lune de miel. Cette théorie fonctionnelle s’inspire des théories de l’addiction, la lune de miel, de plus en plus courte, ressemblant au flash, à l’ivresse, au hight recherché par les toxicomanes. Cette théorie est une forme complexifiée du schéma tension détente déjà rencontré par ailleurs, elle souligne l’aspect répétitif de la violence, l’augmentation de la fréquence du cycle la violence, les phases de rémission de plus en plus courtes amènent Léonore Walker à décrire ce qu’elle nomme la spirale de la violence.

 

 Les théories explicatives féministes mettent en avant le rôle dominant de l’homme dans des sociétés sexistes et la dissymétrie du pouvoir qui seraient les principales causes de la violence. La violence est un moyen pour l’homme de contrôler et d’asseoir son pouvoir afin de dominer les femmes. Certains auteurs allant jusqu’à arguer que la responsabilité individuelle n’a pas de sens[32]. L’importance du pouvoir économique ainsi que la propriété du domicile ont un rôle déterminant sur la répétition des violences domestiques. Chez les indiens Zapotèque d’Amérique du Sud les femmes sont détentrices du pouvoir économique et propriétaires de la maison, les violences envers les femmes existent, mais elles ne se répètent pas, l’homme étant  immédiatement chassé du domicile s’il exerce des violences. Dans ces mêmes villages les garçons qui se travestissent accèdent par cette appartenance groupale,  à un statu social  proche de celui des femmes et disposent de prérogatives et de privilèges supérieurs à ceux accordés aux hommes du village. Le lien entre statut social, pouvoir économique et le sexisme semble donc essentiel, mais n’est pas une condition suffisante pour expliquer cette violence. 

            Michel Sylvestre dans une approche éco-systémique, met l’accent sur l’intrication, l’inter-relation, les rétroactions, l’influence réciproque de la société, de la loi, de la relation, de l’individu. La contextualisation du phénomène  violence conjugale et domestique étant pour ce clinicien primordiale. Il y a l’auteur, la victime et le lien;la force de la relation, la force du lien émotionnel[33] entre l’auteur et la victime qui explique l’inexplicable, par exemple: « que Madame reste », M.F. Hirigoyen parle de dépendance psychologique[34] et souligne l’importance de l’emprise. De même évoquer le masochisme de la femme dans de telles circonstances c’est courir le risque de prendre l’effet pour la cause et de passer du coté des pertes et profits la relation d’emprise. Léonore Walker avance que si certaines femmes sont sur-victimisées et que le fait d’avoir vécu des relations violentes surexpose à la violence et à la revictimisation, il faut en chercher l’origine du coté de l’homme. Il est la cause de ce phénomène : « L’homme choisit une partenaire sur qui il peut exercer du pouvoir, plus fragile et complaisante, qui ne pourra lui répondre et se dérober de son emprise[35] ». La configuration de la relation, à elle seule, étant une condition suffisante pour expliquer le piège[36]. Pour Michel Sylvestre proposer un traitement aux auteurs mais encore plus aux couples n’est possible que si la responsabilité de l’auteur est clairement déterminée. Toute autre attitude  ferait prendre le risque aux thérapeutes de rentrer en collusion avec l’auteur et de renforcer la violence. Le terme de la loi doit être posé par un tiers, la société, rendant la thérapie possible. Le thérapeute ne peut  penser instituer la loi à lui seul  mais peut s’y adosser et doit s‘y référer. Ainsi l’auteur est clairement désigné.

            J.Girard et I. Rinaldi-Baud insistent sur l’épistémologie particulière, sur cette clinique du réel qui s’impose à ceux qui approchent ce phénomène. La neutralité bienveillante du thérapeute n’est pas de mise, mais implique un parti pris inscrit dans le contexte sociétal[37] De même que M Hurni et G Stoll considèrent que le silence et le retrait se révèlent désastreux dans de telles situations et aura valeur de complicité agie[38].

            Toutes ces théories explicatives, issues de la pratique, décrivent assez précisément les phénomènes qui se rencontrent dans les thérapies d’auteurs de violences domestiques et conjugales. Elles contiennent toutes des parts de vérité, et participent de cette clinique, et à la complexité rencontrée dans le traitement de la violence conjugale et domestique  dont la prise en compte est essentielle.

2.2. Les modèles d’interventions.       Retour accueil   haut de page

Le traitement des hommes auteurs de violences domestiques et conjugales est issu des mouvements féministes qui ont dénoncé les violences faites aux femmes dans le couple et la famille. Par la mise en lumière dans l’espace publique de cette violence domestique demeurée jusque là enfermée dans le huis clos familial, la nécessité de soigner les hommes auteurs de ces violences est devenue plus évidente. Le soin proposé aux auteurs participant à la protection de la victime. Les mouvements féministes Nord Américains ont énormément contribué à l’élaboration des premiers modèles de traitement des hommes violents[39]. Ces modèles sont d’inspiration comportementale et cognitive. Leurs origines féministes posent comme hypothèse que l’androcentrisme, les modèles éducatifs, le rôle social dominant de l’homme le conduisent à la domination et au contrôle de la femme. La violence étant un des moyens de ce contrôle et de contrainte, on parle de violence comme instrument de contrôle de l’autre. D’autres hypothèses y sont adjointes, elles complètent et servent de base à cette approche. La violence est un comportement acquis, la violence est encouragée par la culture, la violence est une affaire de choix, changer est possible tel sont les assertions cognitives et comportementales qui sont retenues par  ces modèles de traitement.

Divers modèles d’intervention sont utilisés en Europe, ils s’inspirent généralement du modèle Duluth[40] développé aux USA. Le programme Duluth est un programme pionnier internationalement reconnu dans la protection des victimes et la réhabilitation des auteurs. C’est au début des années soixante-dix que fut créé le premier centre d’accueil pour les femmes battues. En soixante-quatorze un groupe d’étude fit des propositions pour changer et améliorer la situation. Jusque là les femmes étaient considérées comme les seules responsables de leurs protections. L’accent fut mis sur le rôle de la société et des auteurs, c’est à l’auteur qu’incombe la responsabilité de l’arrêt de la violence. La commission a aussi recommandé d’améliorer la protection des victimes femmes et enfants. L’implication et la coordination des divers intervenants (La loi, la police, la justice, la protection des victimes et les traitements des auteurs) étaient considérées comme indispensable et devaient être améliorées. Le développement des compétences et des connaissances des praticiens intervenant auprès des enfants des femmes et des auteurs, fut un des objectifs à atteindre. De ces recommandations est né le programme Duluth.  L’approche proposée considère que l’arrêt de la violence incombe principalement aux hommes. La participation à ces programmes contribue à la protection des victimes. L’arrestation sans mandat de l’auteur lors de l’intervention policière a été retenue par ce modèle d’intervention. Les associations de femmes désiraient que les actes de violences domestiques soient considérés comme des crimes, la police doutait de la condamnation de l’auteur par les tribunaux, et craignait les effets pervers des arrestations (recrudescence de la violence). Les psychologues désiraient attribuer un rôle d’arbitre et de conciliateur aux forces de l’ordre. Les  premiers travaux sur l’effet de l’arrestation, des mesures d’éloignements ou de la conciliation montrent que l’arrestation réduit la répétition des violences et est la mesure la plus efficace dans la protection des victimes. Mais Sherman et ses collègues ont cependant montré que cette mesure avait des effets très variable selon la communauté, l’insertion sociale, le statut économique, le type d’individu et ces rapports avec le système judiciaire. L’arrestation avait un effet dissuasif sur les actifs et les primo-délinquants alors qu’elle augmentait la violence chez les chômeurs et les personnes déjà condamnés. De même le fait d’être marié rendait la mesure d’arrestation plus efficace. Ces mêmes recherches ont montré que si l’arrestation faisait diminuer les risques de violence dans les six premiers mois après l’intervention policière, elle tendait à faire augmentait le risque à long terme[41].   

Les programmes appliqués en Europe, ont repris les  adaptations canadiennes du modèle Duluth; il en va ainsi du programme « Changer » de Colombie-Britannique, conçu par M Wilson et D Morgane,  utilisé en Autriche où une approche psychodynamique a été intégrée au modèle Canadien. Le programme MOVE est usité en Irlande, il s’inspire du programme Nord Américain. « Praxis » en Belgique a  institué  une collaboration avec « OPTION, une alternative à la violence conjugale » développée à Montréal. Il en va de même à Lausanne en Suisse où ce modèle inspire les prestations de « Violence et famille ». Au Portugal les programmes sont du même type, et revendiquent aussi une filiation directe avec les programmes Nord Américain en tant que programme psycho éducatif. D’une façon générale dans ce pays les prises en charge des auteurs sont essentiellement individuelles et peu de groupes y sont organisés. En Angleterre le programme Ahimsa propose une approche intégrée qui prend en compte tant les analyses féministes sur la dissymétrie de pouvoir entre les hommes et les femmes, que les principes cognitivo-comportementaux. Ce programme tient compte des théories de l’apprentissage, sans oublier les perspectives psychodynamique. En Norvège la situation est quelques peu différente. Le programme ATV  « une alternative à la violence » s’inspire des théories féministes, associées aux principes psychothérapeutiques. « L’impérialisme Américain » des programmes cognitifs Nord Américain, qui s’adressent exclusivement aux personnes sous le coup d’une décision judiciaire, sont critiqués par les praticiens Norvégiens.  Le manque de professionnalisme et la courte durée de ce type d’interventions sont mis en exergue.  Une évaluation externe du programme Norvégien faite par Nerdum et Hoglend a montré  que ce programme était aussi efficace que le traitement  le plus efficace pour d’autres troubles psychologiques (par exemple la dépression)[42].

  

Approche féministe       Retour accueil  haut de page

Dans ce modèle l’intervention est axée sur le pouvoir abusif de l’homme obtenu par la violence qu’il exerce. Il est plus question de rééducation que de traitement. L’impulsivité, la perte de contrôle ne sont pas mis en lien avec un quelconque déficit, une pathologie ou un trouble de la personnalité. Au contraire la violence est considérée comme un moyen intentionnel de contrôle et de pouvoir. La violence ne résulte pas de la perte de contrôle de l’auteur, mais participe à la dimension du contrôle de la victime. La violence est instrumentale et exerce une fonction en appuis sur un certains nombres de valeurs sexiste qui la justifie.  Elle permet l’instalation et la perpétuation de relations inégalitaires tant dans la société que dans le couple entre les homme et les femmes.   

La dynamique de groupe est le levier principale qui alimente le changement et permet aux hommes de cheminer par les quatre phases identifié par cette approche :

Le Oui mais où les hommes tentent de justifier les passages à l’acte.

Le peut être Les hommes peuvent reconnaître en partie leur responsabilité dans les actes commis.

La phase J’aimerais dans cette phase les hommes expérimentent de nouvelles façons de faire et expérimentent de nouvelles modalités relationnelles. Ils reconnaissent pleinement leur responsabilité dans les actes de violence.

La phase je fais est une phase ou se consolide les acquis et où les comportement non violent s’établissent comme une modalité relationnelle efficace.

 

L’approche psycho éducative.  Retour accueil     haut de page

Elle réunit l’approche féministe et l’approche cognitivo-comportemental. Les contenus de la thérapie sont inspirés par les analysent féministes et les méthodes d’intervention découlent du modèle cognitivo-comportemental[43].

 

 2-2-1. Approche comportementale et cognitive    Retour accueil         haut de page

L’approche comportementale et cognitive propose de changer les comportements, les attitudes, les pensées afin de ne plus recourir à la violence. Par hypothèse la violence n’est pas considérée comme  le signe d’une maladie mais  comme un comportement acquis qui peut être modifié. A partir de ces assertions est mené un travail qui permet à l’auteur de violences domestiques et conjugales  d’accepter l’existence de ses comportements violents et la responsabilité de ses actes. La maîtrise de la colère constitue la priorité de  certains  programmes. La colère étant vue comme une composante essentiel de la violence conjugale ; elle la précède, la motive, et la justifie[44].  Ce type d’approche cherche aussi à développer la capacité de résolution des problèmes des personnes, à améliorer leurs possibilités de gestion des conflits, de gestion des colères, leurs aptitudes sociales et l’estime de soi. L’analyse socioculturelle en fonction du sexe, des stéréotypes et des systèmes de croyance participe aux processus de restructurations cognitives. Favoriser l’expression des valeurs, des principes, pensées et idées qui permettent à l’auteur de s’autoriser à recourir à la violence est essentiel.  L’identification des diverses formes de violences et l’information des participants sur la violence en introduisant des dissonances cognitives  dans leurs systèmes de valeur, de croyances et de pensés contribuent à la restructuration cognitive. La responsabilisation par la mise en lumière des attributions externes, permet l’internalisation des attributions. L’origine du malaise, de la colère, de la frustration, du stress se trouvent chez l’auteur et non plus chez la compagne. L’individu n’est plus victime d’événements extérieurs, comme il le concevait précédemment, mais capable d’influer sur son monde interne et sur ce qui se passe en lui. Le contrôle ne doit plus être exercé sur l’autre, l’auteur doit exercer ce contrôle sur lui-même.  Cette nouvelle habilité permet la restauration de l’estime de soi. La tenue d’un journal de responsabilisation est souvent utilisée pour initier et  renforcer le processus de responsabilisation de l’auteur. Le participant doit y inscrire chaque type de violence, en expliquer les circonstances, les pensées et les valeurs qui justifient pour lui le recours à la violence, ainsi que les émotions et les sentiments qu’il a éprouvés durant l’interaction violente. Ce journal de responsabilisation est utilisé de diverses manières dans ce type de groupe. Le travail sur la responsabilisation permet à l’auteur peu à peu de reconnaître l’intentionnalité de ses comportements et leurs rôles dans le contrôle et la domination des membres de sa famille.  Le dévoilement est un moment important du travail groupal, inclut dans le journal de responsabilisation ou les rituels d’accueil de chaque nouveau participant. Le dévoilement permet à l’auteur de s’approprier progressive de la responsabilité de la violence[45]. A l’arrivée d’un nouveau participant chacun des pairs raconte l’événement violent qui l’a amené à consulter, puis le nouvel arrivant fait de même. Ce type de ritualisation du dévoilement réduit le déni et la minimisation des violences, recentre et souligne le focus de la thérapie tout en facilitant l’intégration au groupe du nouvel arrivant. L’identification des émotions des sentiments et des besoins, permet la mise en lumière les distorsions cognitives. Cette identification va permettre à l’auteur de découvrir et de développer de meilleures compétences sociales et relationnelles. Se sentant capable de changer et d’améliorer ses modes de communication, et ses capacités relationnelles, l’individu rentrera dans une boucle vertueuse par les rétroactions positives qu’il constatera dans sa vie quotidienne. Pour le travail sur l’empathie c’est souvent l’auteur qui aborde cette question. Il prend conscience que son comportement a changé que son entourage, sa compagne le constatent mais cette dernière reste distante et méfiante. Il s’agit alors de proposer une hypothèse traumatique pour expliquer l’attitude de la victime et tenter de comprendre le vécu émotionnel engendré chez elle par les scènes de violences. Si l’auteur à lui-même fait l’objet de violences durant son enfance ou à l’adolescence, il peut plus facilement comprendre ce que vit sa compagne, une fois le déni de sa position de victime dépassé. L’auteur de violences domestiques et conjugales peut comprendre et accepter la variété des réactions émotionnelles des autres, comme des vérités aussi prégnantes que ses propres expériences émotionnelles. Cette mise en perspective de la vérité émotionnelle de l’autre permettant la construction d’une relation égalitaire et respectueuse. Ce travail sur l’impact de la violence sur les proches et la relation est repris quand un participant signale une récidive.

Heyman R.E. et Schlee K ont proposé une méthode cognitivo-comportementale  qui s’adresse aux couples pour le traitement de la violence conjugale dénommée Physical Aggressions Couple Treatement (PACT).  Ce programme de traitement a été formalisé à partir de résultats de recherches qui soulignent l’importance du déficit dans la communication, la gestion du stress, et dans la capacité d’expression des émotions[46] (contrôle de la colère). Ce programme a pour seul objectif de mettre fin à la violence et s’adresse exclusivement au couple où la violence n’est pas extrême. La violence est considérée comme le fruit du contexte inter-personnel, enraciné dans le terreau social et personnel. Le travail ce propose d’aborder la violence dans le couple au travers les expériences actuelles et passées de l’homme agressif. Dans un premier temps une information sur la violence est donnée (définition des divers types de violence et du cycle de la violence conjugale selon Walker). Dans un second temps sont enseignées des techniques de gestion de la colère (temps mort et  travail  effectué sur les cognitions qui permettent de s’autoriser à avoir recours à la violence selon le modèle (antécédent-croyance-conséquence)). La thérapie se répartie sur quatorze séances dont les sept premières portent sur les habilités intra-personnelles soit en individuel soit en groupe (thérapie de groupe selon le genre). Le sept séances suivantes sont centrées sur les conflits conjugaux et consacrés aux habiletés inter-personnelles. Ce travail pouvant être effectué soit en couple soit en groupe de couple. Ici  le cycle de la violence décrit par E Walker  la lune de miel est vue comme un renforcement positif pour la victime qui vient alimenter la répétition d’interactions délétères qui caractérise ces couples. Tous les facteurs déterminant privilégiés par ce type d’approche seront explorés dans une perspective cogntivo-comportementale : «  Résolution de problème, histoire d’apprentissage des conjoints, croyances des partenaires, développement des capacités de négociations, et de nouvelles  façons de faire ».

 

2-2-2. L’approche systémique.    Retour accueil        haut de page

Dans cette approche la violence est conceptualisée comme un mode relationnel, un moyen de communication acquis pris dans l’interaction  influencé par le contexte et déterminé par les besoins les désirs et les passions. La définition de la violence inclut les effets de la violence sur les victimes et sur les auteurs. Dans cette théorie le caractère inné de la violence n’est pas retenu. Il est considéré que l’agressivité intra-spécifique s’enracine plus dans  l’apprentissage, dans l’éducation et le développement que dans la génétique ou la biologie[47].

En faisant référence à la théorie de la communication, à celle des types logiques de Bateson, de classe, d’appartenance à une classe, et en tenant compte de l’influence de l’analyse des contextes Michel Sylvestre propose une catégorisation du phénomène de la violence conjugale.

Deux modalités façonnent les relations, le type symétrique et le type complémentaire. Une relation symétrique se caractérise par des phénomènes d’escalade, de compétition, de luttes pour dominer. Dans les relations complémentaires ils n’y a pas d’escalade symétrique, mais une alternance de positions hautes et de positions basses, chacun des participant à l’interaction occupe selon le moment et le contexte une positon de dominant ou de dominé.

Les participants à l’interaction se situent dans la même classe, ils utilisent les éléments de cette classe, pour communiquer. La colère ou l’agressivité appartiennent à une même classe, l’amour et la tendresse à une autre, la violence et les comportements violents à une troisième. Si l’un des partenaires change de classe, violence physique, le contexte et les indicateurs de contexte permettent à l’autre partenaire de détecter ces changements et de décider de la réponse qu’il souhaite apporter à cette nouvelle situation. Celui qui décrypte le message et lui donne son sens détermine par sa réponse au messages de son partenaire les possibles changements de classe du jeu interactionnel. Si cette réponse montre le refus du jeu interactionnel, du changement de classe, elle interrompt la relation et y met fin. Par sa réponse la partenaire, peut accepter le changement de classe, et utilise alors des éléments de cette classe ou d’une autre dans le jeu relationnel, dans l’interaction et la communication. Il est alors constaté une relation symétrique où chacun des deux partenaire utilise éventuellement la violence. Ce type d’interaction définit les couples à transaction violente. Au contraire  si en réponse au changement de classe, aux effets de confusion et de sidération qu’ils produisent chez le récepteur du message celui-ci ne peut détecter les indicateurs de contexte ou ne possède pas les moyens de répondre dans le même registre, il en résulte une relation ou la partenaire dans une relation complémentaire se soumet à la violence unilatérale de son compagnon. Ce type d’interaction est constitutif de la violence conjugale.

 

 

  Dans ces relations complémentaires il existe une oscillation ou chacun des partenaires passent d’une position dominante à une position dominée, agresseur et victime échangent leurs positions[48]. Pour Madame les moyens de contrôle, qui vont induire une position complémentaire haute sont; le comprendre, l’aider, le faire changer, le soigner, partir revenir. Ces moyens de contrôle sont implicitement renforcés par la norme sociale, de la femme dévouée aimante et compréhensive responsable du bien être psychologique des membres de la famille. Pour Monsieur, les moyens de contrôles, les violences sont explicitement renforcées par la norme  sociale et certains stéréotypes comme c’est l’homme qui commande, détient le pouvoir, le recours à la violence est normal pour l’homme et est en lien avec la virilité.  De plus pour les hommes la violence est socialement tolérée si ce n’est permise et même parfois encouragée, valorisée.

 

 

 

 

 

C’est ainsi une co-construction de la relation où chacun des acteurs utilisent dans l’interaction ses atouts et par  son implication acceptent ce jeu de pouvoir. La force n’est pas dans l’un ou dans l’autre, mais dans l’utilisation par le couple des positions de chacun des deux ainsi que l’énonce M Sylvestre. Il y a escalade dans le conflit jusqu’à l’apparition de la violence qui sert alors de ponctuation, elle clos l’interaction. Lors de cette escalade le comportement de chaque partenaire est une réponse au comportement de l’autre, mais cette réponse vient amplifier la réaction de l’autre[49]. Cette causalité circulaire va créer une boucle de rétroaction positive qui  préside à l’emballement du système relationnel fortement influencé par les perturbations du système de communication ou la violence a pris une place prépondérante.  Les deux partenaires ne peuvent pas être considérés comme coresponsables du problème de violence. Une fois la responsabilité de la violence reconnue par l’auteur, il est possible de proposer un travail sur la relation et la co-construction de cette relation. L’auteur  est celui qui donne les coups, peu importe l’attitude de la victime. La confusion entre les niveaux logiques doit être évitée. Le premier niveau à considérer est celui de l’individu auteur et de sa responsabilité, le second niveau logique étant la relation et sa co-construction. La confusion entre ces deux strates renforce le risque de nouvelles violences[50].  Ainsi il est dit à madame qu’il est de sa responsabilité de placer sa sécurité au premier plan, de se mettre à l’abri et de se protéger en situation de risque. A monsieur il est demandé de ne plus recourir à la violence, le non respect de cet engagement réciproque met  la fin à la thérapie de couple tant dans le modèle éco-systémique proposé par M Sylvestre que dans l’approche métasystémique de  Greenspun[51], les partenaires bénéficiant alors d’une prise en charge individuelle.

 

 

 

Une des particularités du modèle metasystémique de Greenspun  est de tenter de concilier la vision féministe et l’approche systémiques lorsqu’un problème de violence apparaît dans le couple. Les hypothèses explicatives sont : l’abus de pouvoir,  la dynamique du couple,  l’internalisation des relations précoces,  l’histoire traumatique d’un ou des partenaires ainsi que les facteurs neurobiologiques. La part instrumentale (contrôle, emprise, intimidation) et la part expressive (perte de contrôle) constituent les deux formes de  violence qui sont différentiées et prises en considération par la théorie explicative de la violence conjugale dans ce modèle d’intervention. La thérapie méta-systémique  comprend trois phases. Après trois entretiens d’évaluation débute une thérapie de couple brève de cinq séances qui se donne pour objectif de mettre fin aux comportements abusifs et à la violence. Le processus se conclut par une thérapie de groupe de huit séances  consacrées à la dynamique du couple qui permet la confrontation aux travers la communauté de pairs ainsi créée[52].

Les théories systémiques, qui fondent les thérapies de couple ne peuvent être simplement transposées, et demandent certains réaménagements pour être utilisées dans le traitement des violences conjugales et domestiques. La sécurité de la victime restant la première des priorités, certaines conditions doivent être réunies. La reconnaissance de la responsabilité et l’arrêt de la violence par l’auteur doivent être posés comme un préalable indispensable à tout traitement[53]. Toute nouvelle violence doit interrompre ce mode d’intervention pour aider le femme à ce mettre en sécurité et pour faciliter la thérapie à l’intention des enfants qui développent souvent des troubles du comportements, des problèmes affectifs, des conduites suicidaires des addictions[54] et certains sont considérés à tort comme souffrant de trouble déficitaire de l’attention[55].

 

 Pour aller plus loin  sur l'intervention systémique. 

Bélanger, 1998; Rondeau et al., 2001; Vidal,. 2005). C'est ... [PDF] Valérie DUFORT - CRI-VIFFwww.criviff.qc.ca/upload/publications/pub_4.pdf‎  En cache Pages similaires 

Rondeau, Gilles. L'intervention systémique et familiale en violence conjugale : fondements, modalités, efficacité et controverses. (Collection Études et analyses;  ...

 

 

2-3.Les auteurs.    Retour accueil   haut de page

Si la violence exercée dans le couple et la famille n’est pas considérée comme une maladie, un certain nombre d’évaluations tendent à montrer une forte prévalence de troubles psychologiques parmi les hommes auteurs de violences au sein de la famille. Une faible capacité dans la résolution de problème, des traits de personnalité borderline et antisociale, une forte hostilité, ainsi qu’une histoire d’abus dans l’enfance sont décrits chez ces hommes. Ces événements de vie abusifs sont généralement considérés comme des facteurs prédisposant à avoir des comportements violents avec sa compagne[56].

Certaines recherches  européennes[57]  se fondant sur le teste de personnalité MMPI semblent confirmer les résultats d’Holzworth-Munroe et Stuart de 1994. Un premier sous-groupe hommes  est décrit comme non pathologique. Dans ce groupe les hommes font preuve d’esprit critique envers eux même et envers autrui, ce sous groupe  correspond au seul sous groupe non pathologique : « non pathologique/violence exclusivement  familiale » selon Holzworth-Munroe et Stuart. La caractéristique du profil d’un second sous groupe correspond à un score élevé sur les sous échelles Sc (Schizophrénie), Pt (psychasthénie) et Pd (déviant, psychopathe). Les échelles 6 (paranoïa) et 3 (hystérie) tendent vers la signification clinique. À ce type de profil MMPI correspondent des hommes décrit comme anxieux, mécontents d’eux même, montrant des signes de dépression et qui sont en proie à des conflits émotionnels non résolut. Ils peuvent présenter des comportements déviants et des conduites addictives. Ces personnes sont décrites comme ayant des difficultés à exprimer et à contrôler leurs colères. Ce profil est similaire au type dysphorique/Borderline décrit par d’Holzworth-Munroe et Stuart en 1994. Selon cette classification le troisième groupe d’hommes correspond à un profil se situant entre les types « non pathologiques/violence exclusivement  familiale » et le type « dysphorique/Borderline ».   Ces hommes sont décrits comme des personnes énergiques ambitieuses, égocentriques impulsives et manquant de tact. Ils n’ont qu’une compréhension limitée de leurs émotions et sont incapables de relations émotionnelles proches.

M.F.Hirigoyen divise en deux grands profils de personnalités ces hommes qui exercent des violences dans les relations intimes;

Les personnalités narcissiques et les personnalités rigides.

Ÿ               Le premier groupe (les personnalités narcissiques) est constitué par les pervers narcissiques, les « personnalités anti-sociale » ou psychopathe, et les « border line » ou états limites.

Ÿ               Le deuxième groupe (les personnalités rigides) se compose des personnalités obsessionnelles et des personnalités paranoïaques.  

Elle propose une classification des violences en fonction de ces profils de personnalité et elle tente d’établir une correspondance avec le type de violence  exercée.

Les  personnalités anti-sociales ou psychopathes  généralement  exercent aussi de la violence hors des relations intimes. Leurs violences seraient en lien avec une irritabilité et une impulsivité extrêmes. Au contraire de ce qui pourrait être imaginé, certaines études ont montré que lors de disputes ces personnes ne présentent pas de réaction importante du système nerveux autonome (Palpitation sueurs, nœud à l’estomac).  On constate même une baisse du rythme cardiaque. Il s’agirait d’un défaut de réponse émotionnelle qui barre toute les mécanismes d’empathie et d’identification avec la victime. Étant dans l’incapacité de ressentir la souffrance et le vécu de la victime, ils ne ressentent pas de culpabilité. Leur violence est souvent paroxystique et peut déboucher sur un homicide.

Au « Border line » est attribué la violence cyclique.

Chez le pervers narcissique la violence est instrumentale, utiliser pour tendre vers un but, plus inconscient et sous le sceau de la compulsion que de la volonté délibérée[58].  Quand la violence s’installe, elle est permanente, le pervers narcissique organise  un jeu émotionnel sans phase de réconciliation. Il se joue de l’autre dans le registre émotionnel, et le manipule par la maîtrise et le contrôle qu’il a sur ses émotions et sur celles de l’autre. C’est en jouant dans ce registre qu’il établit l’emprise qu’il emprisonne sa partenaire. Le pervers narcissique sévit  dans le meurtre psychique, plus rarement il va jusqu’ à l’homicide. Contre indication absolue à une médiation conjugale où familiale, ces personnalités ne sont que très peu accessibles aux soins et ne formulent que rarement de demandes en ce sens. Seul les mesures de judiciarisation peuvent amener ces personnes à suivre un traitement dans un cadre contraint. Chez le pervers narcissique les demandes spontanées de thérapie sont souvent des tentatives de manipulation qui surviennent lors de la phase de mise en action de la justice[59].

Chez les personnalités obsessionnelles, le pouvoir et  la contrainte sont les deux formes d’exercices de la violence. Ils vident leur partenaire par le contrôle et la critique incessante.  Ce profil de personnalité maîtrise les débordements, et ne commet que rarement des homicides.  Cependant ils perdent le contrôle quand la vengeance et la haine, sont longtemps ruminées, devenues pensées compulsives sous l’égide d’une répétition que seul le passage à l’acte peut stopper, comme objet même du rituel à accomplir pour connaître le soulagement. 

Chez les personnalités paranoïaques ont retrouve avec une grande fréquence la dimension du contrôle; le contrôle de l’argent, l’isolement par la réduction du cercle d’amis et la rupture des liens avec la famille d’origine de la compagne. Ils établissent une tyrannie domestique qui généralement s’exerce aussi sur les enfants. La violence apparaît quand  la (le) partenaire ne se soumet plus, ose répondre, argumente. Il existe une jalousie morbide, parfois qualifiée de « paranoïa conjugale ». L’importance de ce biais interprétatif, proche du pathologique, peut expliquer la fréquence des homicides. La jalousie très présente chez les « Border line » et « les psychopathes » n’a que rarement ces conséquences catastrophiques[60].

 

 

 

 

 

 

Les théories psychanalytiques de la violence.            Retour accueil  haut de page

Les racines de la violence.       Pour aller plus loin dans  psychanalyse et traitement des auteurs

Les théories cognitives et systémiques insistent sur le caractère appris de la violence, elle ne s’inscrit pas dans la nature de l’homme. La psychanalyse propose sa lecture. La violence est plus du coté du conflit fondamental par la culture et la civilisation l’homme contrôle ce trait et s’amende de cette violence. La psychanalyse en instruit son procès et en situe l’origine dans un  mouvement ou moyen et but s’anastomose et où le moyen utilise ce qu’il veut dénoncer pour y mettre fin.  Ainsi pour mettre fin à la violence du père qui thésaurise toutes les femmes (donc qui pratique l’inceste) l’alliance des fils par le meurtre du père construit le pacte social, loi du silence, archétype du dénégatif.  Par cette violence est proposé un mouvement progrédiant vers la civilisation et la culture où la violence sera réduite au sacrifice indispensable mais ou le refoulé ne cessera de faire retour.

L’agressivité et la violence d’un point de vu psychanalytique sont conceptualisées à partir de divers modalités elles résultent de divers mouvements internes du sujet dans son développement psycho-sexuel, en termes de  blocage, et de  régression.

C Balier c’est particulièrement intéressé à la psychanalyse des comportements violents. En partant de la violence rencontrée dans la psychopathie et le  passages à l’acte des adolescents, il propose une grille de lecture qui met en avant la désintrication pulsionnelle, l’agressivité libre, les perturbations narcissiques, la difficulté de trans-laboration de la position dépressive et le recours à des mécanismes psychotiques. C Balier souligne l’échec de l’accession à la position dépressive et le recours à des mécanismes archaïque, tel que le clivage, l’identification à l’agresseur, l’idéal du Moi mégalomaniaque comme processus défensifs. Si le manque d’égard par rapport à l’objet est flagrant il se constitue suite au processus de désintrication pulsionnelle et l’impossible constitution d’un objet total. L’objet soumis à un clivage défensif sera séparé en bon et mauvais objet introjecté qui ne permettra pas la neutralisation de l’agressivité et conduira à l’explosion de l’agressivité libre. L’expression de l’agressivité libre sous forme de décharges peut se réalisé et se produire à partir de n’importe quel niveau d’organisation de la personnalité et probablement aux niveaux les plus organisés sur le chemin de la régression (Régression de la libido).

 

 Dans la perspective de la position dépressive l’introjection de l’objet pulsionnel s’accompagne d’une liaison entre la libido et la pulsion agressive. L’impossibilité d’élaborer la position dépressive entraînant le recours aux mécanismes psychotiques de la position schizo-paranoïde qui à travers le clivage réalise un processus introjectif  sans neutralisation de l’agressivité. Ce n’est pas un objet total où agressivité et libido se trouvent intriquées qui est introjecté  mais un bon objet et un mauvais objet, l’un constamment pris dans un mouvement d’idéalisation l’autre constamment extrojecté. L’agressivité libre qui exige une décharge par les voies les plus rapides résulte aussi du mouvement regressif de la libido et de son organisation. La violence et l’agressivité peuvent aussi être appréhendées comme principe de décharge ou de retour à la tension zéro (principe de nirvana). Anna Freud relie l’agressivité à la désintrication pulsionnel qui se fait toujours en faveur de l’agressivité (agressivité libre) et elle l’attribue à la destructivité du stade anal.  Pour J. Bergeret cité par C. Balier lorsque la violence ne peut être intégrée au sein d’une problématique libidinale suffisamment organisatrice le fonctionnement se réduit à une dualité narcissique Moi ou lui.

C’est dans  le registre du narcissisme que le manque d’égard pour l’objet prend corps dans le mouvement constant qui dès sa naissance noue objet sujet et narcissisme. Ce qui dans la violence et l’agressivité comme affirmation narcissique  procèdent du manque d’égard pour l’objet et qui ne tient nullement compte de sa souffrance pour en assurer par l’emprise sa domination. L’identification projective  joue un rôle important dans la construction théorique proposé. C Balier en référence aux travaux O Kernberg qui parle de recours à la projection dans le domaine des pulsions agressives. L’objet externe devient dangereux suite à l’externalisation d’images de Soi et de mauvais objets internes. L’absence de limites et la proximité de l’objet et du Soi particularise cette modalité projective. Il en résulte une profonde empathie et une proximité, dont le sujet cherche à se dégager en contrôlant, en attaquant ou en détruisant l’objet avant qu’il ne le détruise. Les blessures ne peuvent être vécues sur le mode de la castration, mais renvoie à la disparition- anéantissement comme défense contre l’effraction du narcissisme par l’objet. Dans la violence conjugale une dimension particulière du narcissisme et de la relation à l’objet, devient essentiel : là où le sujet investi une part de libido en direction de l’objet quand la violence ne se produit qu’avec les être aimé. C’est au mouvement particulier de la relation amoureuse dans la dimension du sentiment océanique comme négation de la perte de l’absence et de la séparation,  comme figure de non individuation et son rapport avec le narcissisme que s’origine aussi la violence comme rempart ultime à la défense du Moi. Le recours à violence signant l’échec de toutes autres processus défensifs disponibles.   

 

Comme en échos à la question du sphinx, la clinique de la violence conjugale pose cette question A qui  arrive-t-il   d’entendre le matin les plus beaux aires de Mozart de lire les plus belle pages de Nietzsche à midi ce qui ne l’empêche le soir dans l’obscurité de la nuit de s’agiter devant des fourneaux que le diable lui même n’aurait eu l’idée d’inventer et de jouir de cette violence inouï?

 

 

 

 Théorie de l'attachement       Haut de page

Attachement et violence conjugale.

La théorie de l’attachement est aussi utilisée comme théorie explicative de la violence conjugale.

L’attachement

Introduit par J Bowlby le concept attachement peut se définir comme : le besoin de proximité avec les figures adultes protectrices, activement maintenue dont découle un sentiment de sécurité, qui concourt au développement des comportements exploratoire, de la mentalisation et de l’intersubjectivité du bébé dans le contexte des interactions parent-enfant (N.Guedeney 2002 page 15).

La situation étrange, scénario de séparation et de retrouvaille avec l’un des parents, en présence d’un inconnu, a permis la catégorisation de quatre types d’attachement chez l’enfant.

Anxieux évitant (détaché) : L’enfant explore la pièce mais partage peu avec son parent, au départ de ce dernier ne demande aucun réconfort à l’inconnu et ignore son parent lors de son retour. Anxieux résistant ou ambivalent (préoccupé): L’enfant explore peu la pièce, s’agite et montre sa détresse en s’accrochant à son parent lors du départ. Inconsolable il se détache dans un mouvement de colère. Désorganisé ou désorienté (craintif) : Chez ses enfants il y a une alternance entre évitement et recherche la proximité. Il ne parvienne ni a s’approcher, ni à ce détacher du parents. Sécurisé (sécure) : L’enfant explore son environnement et partage ses découvertes avec le parent. Lors du départ il proteste. Le réconfort accepté  de l’inconnu  permet de nouvelles explorations de la salle. L’enfant accueil avec soulagement son parents lors de son retour.

 

L’attachement amoureux.

A l’age adulte, l’attachement bien que porté sur divers figures (le père, la mère, les amis) concerne en premier lieu le partenaire amoureux (Bartholomew, K., 1997)[1]. Le système d’attachement passe d’une relation asymétrique entre parent et enfant à la réciprocité d’une relation marquée par la symétrie et l’alternance des rôles. Chacun des partenaires du couple donnent et reçoivent du soutient, devenant une figure d’attachement pour son (sa) partenaire et l’utilisant comme figure d’attachement pour lui-même (N Guedeney 2002 page 164) [2].

Pour Fleming (1972)[3]nous ne sommes  jamais tout à fait libre  du besoin de l’aide d’une personne de confiance à qui nous puissions faire appel en cas de nécessité. Ainsi chez l’adulte la satisfaction du besoin de proximité est recherchée dans les relations amoureuses et les relations de couple.  On parle alors d’attachement amoureux qui peut se définir comme l’attachement porté au partenaire dans le couple et les relations amoureuses.

Selon Zeifman et Hazan (cités par Mintz A-S 2002) l’attachement amoureux se constitue à travers différentes étapes.

            Le pré-attachement en est la première étape. L’attachement n’existe pas encore il est en constitution à travers les échanges de regards prolongé, les baisers, le caresses et les relations sexuelles. L’attrait sexuel favoriserait la construction d’un lien d’attachement qu’il renforce (Curtis R.C., Miller K. 1986) [4].

            L’attachement en voie de constitution « on tombe amoureux » : Il y a une généralisation de  l’intimité qui ne concerne plus seulement le domaine lié à la sexualité, la proximité physique s’accompagne d’une intimité émotionnelle. Chacun des partenaires évoquent son histoire, son enfance ses parents, ses expériences douloureuses, ses craintes ses peurs, ils partagent des secrets.

            Le lien d’attachement véritable constitue la troisième étape de ce processus, celle où l’on est amoureux. Le lien émotionnel est de plus en plus investi ainsi que tout les domaines de l’intimité. Ces échanges procurent du réconfort, de la sécurité et renforcent encore l’attachement.  Le lien amoureux, participe à la réduction du stress au sens biologique du terme, le système opioïde pouvant être pour Parsksepp 1985 (cité par Mintz A-S) le médiateur de ces sentiments.

A la quatrième étape, marqué  par la fin de la lune de miel entre les deux partenaires, se développe alors le partenariat corrigé quand au but. Cette phase est caractérisée par un nouvel équilibre entre  système d’attachement et les comportements exploratoires. Les attitudes et comportements qui favorisaient l’attachement baissent en fréquence ainsi que l’énergie psychique mobilisée pour créer et maintenir le lien d’attachement. La profonde détresse qui se manifeste en cas de séparation montre la force de l’engagement affectif qui caractérise le lien d’attachement et souligne ses corollaires l’interdépendance et la sécurité de base qui était procuré par cette figure d’attachement. 

Pour Pierrehumbert Le concept  d’attachement est opérant dans les relations amoureuses et résulte de l’évolution du style d’attachement et des modèles opérants qui en découle, développés dans l’enfance avec les figures parentales.

 

Modèle opérant.

Pour J Bowlby[5]  dans ces modèles opérants ou modèles de représentations, l’élément essentiel porte sur l’existence des figures d’attachement, leurs disponibilités, leurs façons de réagir, de répondre en cas d’appel et par voie de conséquence la façon dont le modèle opératoire de soi est déterminé par la notion d’être agréée ou non par les figures d’attachement durant la petite enfance, l’enfance, et l’adolescence. L’estime de soi serait donc en lien avec la disponibilité des figures d’attachement, les modalités d’exercices de l’autorité et les menaces de perte de l’affection des figures d’attachement. Il y a confirmation réciproque entre le modèle de la figure d’attachement et les models opérant, le model de soi[6].   Si l’enfant ne trouve pas de réponse à son besoin de proximité, il peut se sentir indésirable pour ses figures d’attachement et plus tard indésirable de tous, il n’est pas aimable. Pour l’enfant aimé la disponibilité des figures d’attachement vient lui confirmer qu’il est aimable et plus tard il se sentira aimé de tous. Les deux systèmes sont complémentaires les scénario se confirmant mutuellement mais plusieurs modèle opérant peuvent coexisté comme modèle opérant de sa figure d’attachement[7].  

 

Modèle interne opérant.

Bartholomew décrit l’attachement actuel chez l’adulte en fonction des modèles internes opérants constitués par l’image intériorisé de soi et l’image intériorisé de l’image des autres. Il décrit quatre modalités d’attachement ; sécure, craintif, préoccupé, détaché. ). 

 Ces quatre styles d’attachement amoureux peuvent être compris comme liés aux modèles de soi et au modèle de l’autre (Brennan, Clark et Shaver 1998)[8]. Les modèles opérant  déterminent et se construisent en fonction de l’anxiété face à l’abandon, la perte, la disparition, l’absence d’une part et d’autre part l’évitement de l’intimité (Brennan, Clark et Shaver 1998 ; Lussier et Fontaine, 2003). 

 

 

Modèle de Hazan et Shaver.

 

 

Attachement et violence conjugale.

 

Selon une étude de Lussier et Lemelin (2002) comparant une population d’homme en traitement pour violence conjugale à la population  générale, les hommes qui recourent à la violence dans les relations de couple ont  un style d’attachement insécurisé. Cet attachement insécure est de type préoccupé chez 54%  des sujets de l’échantillon étudié (n= 155) ;  un style craintif est retrouvé chez 28%  des personnes et un style d’attachement détaché chez 5%. Chez 13%  des hommes est trouvé un attachement dit « sécure ». Dans le groupe de contrôle (population tout venant) (N=,)  54% des homme ont un style d’attachement amoureux de type sécurisé.  L Carreau à Genève retrouve dans la population carcérale emprisonnée suite à des faits de violence conjugale, comparée aux personnes incarcérées pour d’autre motif, des chiffres presque identique : Seulement 5,3% des auteur de violence conjugale présentent un attachement de type sécure, ce chiffre est de 61% chez ceux incarcérés pour d’autres motifs. Le reste des homme incarcéré pour violence présente un attachement de type insécurisés : 36%  sont craintif ;  47,4% sont préoccupé et 10,5% détaché. La différence significative du CHI-2 (P=0.00) montre le lien entre violence conjugale et l’attachement amoureux. Les sujets violents sont surreprésentés dans les trois catégories d’attachement de type insécurisé et sous-représenté dans la catégorie « sécure »[9].

 

 

 

 

 

 


 

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[49] Gagnon M.N. 2004 M.N. Thérapies de couple et violence conjugale. Université de Montréal Travail présenté à François ST Père counseling de couple PSY 6552 Page 11.

[50]Silvestre Michel, Vivre sans violence, 2004,Erès, Ramonville, Saint-agne pages 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84.

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Traitement des auteurs.


 

 

   Les racines de la violence.   Violence et figure d’oxymore.

L’intrapsychique.  

L'intersubjectif.    Violence et identification projective     Identifications projectives et capacité de rêverie.    Champ relationnel et pacte dénégatif.

 

 

 

Les théories psychanalytiques de la violence.

Les racines de la violence.

Les théories cognitives et systémiques insistent sur le caractère appris de la violence, elle ne s’inscrit pas dans la nature de l’homme. La psychanalyse propose sa lecture. La violence est plus du coté du conflit fondamental par la culture et la civilisation l’homme contrôle ce trait et s’amende de cette violence. La psychanalyse en instruit son procès et en situe l’origine dans un  mouvement ou moyen et but s’anastomose et où le moyen utilise ce qu’il veut dénoncer pour y mettre fin.  Ainsi pour mettre fin à la violence du père qui thésaurise toutes les femmes (donc qui pratique l’inceste) l’alliance des fils par le meurtre du père construit le pacte social, loi du silence, archétype du dénégatif.  Par cette violence est proposé un mouvement progrédiant vers la civilisation et la culture où la violence sera réduite au sacrifice indispensable mais ou le refoulé ne cessera de faire retour.

L’agressivité et la violence d’un point de vu psychanalytique sont conceptualisées à partir de divers modalités elles résultent de divers mouvements internes du sujet dans son développement psycho-sexuel, en termes de  blocage, et de  régression.

C Balier c’est particulièrement intéressé à la psychanalyse des comportements violents. En partant de la violence rencontrée dans la psychopathie et le  passages à l’acte des adolescents, il propose une grille de lecture qui met en avant la désintrication pulsionnelle, l’agressivité libre, les perturbations narcissiques, la difficulté de trans-laboration de la position dépressive et le recours à des mécanismes psychotiques. C Balier souligne l’échec de l’accession à la position dépressive et le recours à des mécanismes archaïque, tel que le clivage, l’identification à l’agresseur, l’idéal du Moi mégalomaniaque comme processus défensifs. Si le manque d’égard par rapport à l’objet est flagrant il se constitue suite au processus de désintrication pulsionnelle et l’impossible constitution d’un objet total. L’objet soumis à un clivage défensif sera séparé en bon et mauvais objet introjecté qui ne permettra pas la neutralisation de l’agressivité et conduira à l’explosion de l’agressivité libre. L’expression de l’agressivité libre sous forme de décharges peut se réalisé et se produire à partir de n’importe quel niveau d’organisation de la personnalité et probablement aux niveaux les plus organisés sur le chemin de la régression (Régression de la libido).

 

 Dans la perspective de la position dépressive l’introjection de l’objet pulsionnel s’accompagne d’une liaison entre la libido et la pulsion agressive. L’impossibilité d’élaborer la position dépressive entraînant le recours aux mécanismes psychotiques de la position schizo-paranoïde qui à travers le clivage réalise un processus introjectif  sans neutralisation de l’agressivité. Ce n’est pas un objet total où agressivité et libido se trouvent intriquées qui est introjecté  mais un bon objet et un mauvais objet, l’un constamment pris dans un mouvement d’idéalisation l’autre constamment extrojecté. L’agressivité libre qui exige une décharge par les voies les plus rapides résulte aussi du mouvement regressif de la libido et de son organisation. La violence et l’agressivité peuvent aussi être appréhendées comme principe de décharge ou de retour à la tension zéro (principe de nirvana). Anna Freud relie l’agressivité à la désintrication pulsionnel qui se fait toujours en faveur de l’agressivité (agressivité libre) et elle l’attribue à la destructivité du stade anal.  Pour J. Bergeret cité par C. Balier lorsque la violence ne peut être intégrée au sein d’une problématique libidinale suffisamment organisatrice le fonctionnement se réduit à une dualité narcissique Moi ou lui.

C’est dans  le registre du narcissisme que le manque d’égard pour l’objet prend corps dans le mouvement constant qui dès sa naissance noue objet sujet et narcissisme. Ce qui dans la violence et l’agressivité comme affirmation narcissique  procèdent du manque d’égard pour l’objet et qui ne tient nullement compte de sa souffrance pour en assurer par l’emprise sa domination. L’identification projective  joue un rôle important dans la construction théorique proposé. C Balier en référence aux travaux O Kernberg qui parle de recours à la projection dans le domaine des pulsions agressives. L’objet externe devient dangereux suite à l’externalisation d’images de Soi et de mauvais objets internes. L’absence de limites et la proximité de l’objet et du Soi particularise cette modalité projective. Il en résulte une profonde empathie et une proximité, dont le sujet cherche à se dégager en contrôlant, en attaquant ou en détruisant l’objet avant qu’il ne le détruise. Les blessures ne peuvent être vécues sur le mode de la castration, mais renvoie à la disparition- anéantissement comme défense contre l’effraction du narcissisme par l’objet. Dans la violence conjugale une dimension particulière du narcissisme et de la relation à l’objet, devient essentiel : là où le sujet investi une part de libido en direction de l’objet quand la violence ne se produit qu’avec les être aimé. C’est au mouvement particulier de la relation amoureuse dans la dimension du sentiment océanique comme négation de la perte de l’absence et de la séparation,  comme figure de non individuation et son rapport avec le narcissisme que s’origine aussi la violence comme rempart ultime à la défense du Moi. Le recours à violence signant l’échec de toutes autres processus défensifs disponibles.   

 

Comme en échos à la question du sphinx, la clinique de la violence conjugale pose cette question A qui  arrive-t-il   d’entendre le matin les plus beaux aires de Mozart de lire les plus belle pages de Nietzsche à midi ce qui ne l’empêche le soir dans l’obscurité de la nuit de s’agiter devant des fourneaux que le diable lui même n’aurait eu l’idée d’inventer et de jouir de cette violence inouï?

 

Violence et figure d’oxymore.

Un autre point de vue sur la violence conjugale peut s’énoncer ainsi:

« Ce n’est pas sur la route de Thèbes que Laïos barre le chemin d’Œdipe, mais quand réfugié à la cours de Pélops il s’éprend pour l’enfant de ce dernier, l’enlève et invente ainsi la pédérastie[2]». Dans la mythologie le sacrilège est toujours puni par les dieux  et  le poids de la destinée qu’ils peuvent infliger.  Œdipe n’est au final que l’instrument de la sanction des dieux,  de la loi divine et toute ces gesticulations ne feront que le précipiter vers sa destinée. La sanction des dieux édicte une loi de la civilisation que S Freud met en lumière en nous décrivant le complexe d’Œdipe en ce qu’il énonce à nouveau l’interdit de l’inceste. Les dieux sont-ils cruelles dans leurs sanctions, où ne font par cette métaphore adressée aux humains que leur enseigner le poids de la transmission trans-générationnelle ; que chacun est le maillon d’une chaîne qu’il est pris dans le discourt qui a précédé sa venue, discourt des dieux représentant de l’âme des ancêtres comme lieu de la loi de la différenciation des générations.  Mais Laïos à une autre fois tenté de barrer le chemin d’Œdipe du coté de la mort, de la mort par abandon. Car Laïos ne peut entendre le discours de l’oracle de Delphes, ne peut résoudre l’équation symbolique. Il ne peut  prendre le discours de l’oracle qu’au pied de la lettre et sacrifie un nouvel enfant  passant du  crime psychique au crime physique. Par ce dernier geste Laïos scelle à jamais son destin et celui de sa descendance. Tous les enfants couchent avec leur mère, et tuent leurs pères, dans les fantaisies de leurs pensés, mais rares sont ceux qui le font dans la réalité. La confusion entre les générations, le franchissement de l’interdit de l’inceste marque l’impossible structuration d’un imaginaire capable de faire médiation entre  le réel et le symbolique[3].

Œdipe est une figure d’oxymore victime et auteur à la fois, instrument d’une loi implacable qu’il met à mal soumis au destin imposé par les dieux qui au final retournerons le peuple de Thèbes contre lui car il a tué son père et enfanté avec sa mère. Œdipe est broyé par une mécanique dont les ressorts lui échappent ceux  de la transmission trans-générationnelle, d’un père qui se prend pour la loi et se pense au-dessus des lois des hommes et de leurs dieux.

Ce que les dieux antiques savaient déjà, énoncé par les paroles de l’oracle, est que tout homme doit renoncer à être le phallus de la mère pour accéder au symbolique et à l’imaginaire pour faire place au nom du père à un tiers à la loi pour inscrire la différence des générations pour accéder à la culture et à la civilisation pour intégrer l’interdit de l’inceste. C’est bien ceci qui était barré pour Laïos qui scelle le destin d’ oedipe et que le mythe énonce ainsi; sur le chemin de Thèbes il se prend de querelle avec un inconnu qui lui barrait la route… Celle d’un sujet, hors d’une destiné aliéné par la faute du père. Il ne lui barre pas la route de Thèbes mais la route de la liberté que permet l’intégration de la loi. »

Ces figures de la violence vont se retrouver dans la clinique de la violence conjugale. C’est une clinique de l’oxymore, du dénégatif et de l’incessant retour du refoulé alimenté et entretenu par la dialectique du déni  entre violences collective, violences rituelles, sacrificielles, violences individuelles et violence sociale. Cette figure d’oxymore marque souvent l’histoire de l’auteur de violence conjugale et domestique.

 

Les  théories psychanalytiques proposent des modèles explicatifs de la violence tant dans sa dimension intrapsychique qu’intersubjective. La théorie des pulsions et de la désintrication pulsionnelle, du narcissisme  et de ces atteintes de la relation d’objet  fournissent des moyens de compréhension de la dimension intrapsychique la violence. Les phénomènes tel que l’identification projective, la communication syncrétique, le champs relationnel, les pactes dénégatifs ainsi que la théorie psychanalytique du groupe peuvent contribuer à éclairer la dimension inter-subjective de la violence conjugale.

 

 

 

L’intrapsychique

 

F Ansermert  décrit un cas fictif de violence conjugale pour illustrer l’idée d’activation d’un fantasme, de sa mise en tension à travers des objets où des situations qui ont la capacité de l’évoquer et dont la résolution se fait par l’intermédiaire d’un acting out.

Les deux partenaires d’un couple nouvellement formé pris dans un amour passionnel sont encore en relations avec leurs ex-partenaires qu’ils viennent de quitter. Le couple est fréquemment tiraillé par l’irruption de ces histoires anciennes mais encore si présentes et en cour d’achèvement. Monsieur a reçut un message de son ancienne compagne, une violente dispute s’en suit : lui jure que tout est fini avec son ex-, qu’il n’aime qu’elle. Elle refuse toute explications, le rejette, le disqualifie,  pousse à bout. Le lendemain c’est elle qui reçoit des nouvelles de celui  qui partageait sa vive il y a peu. Son nouvel amant se sent alors blessé, il est envahit par un sentiment d’injustice : Pourquoi l’a-elle agressé hier, alors que la même chose ce produit aujourd’hui. Elle ne croit pas en ses sentiments quand elle manifeste sa jalousie et l’agresse, il est touché par une détresse extrême dans un « au delà du désespoir ». Envahit par une angoisse qu’il ne peut nommer et même identifié, il ne trouve  en lui alors que  rage et violence, comme quand il fut abandonné par sa mère et placé dans une institution où il ne trouva jamais sa place, car éternel indiscipliné.  Il est pris dans cette détresse extrême comme à chaque fois qu’il doit faire face au risque d’abandon. L’objet réel s’efface devant le fantasme, le passage à l’acte devient imminent[4].La suite  du scénario ne sera plus déterminé par la situation présente mais par son fantasme ; l’absent le persécute : « si l’autre l’abandonne, il n’existe plus, il est anéanti. Absent de lui-même il frappe et frappe encore, elle n’est plus, elle s’effondre, l’amour c’est retourné en haine, la lune de miel vient de se muter en lune de fiel...

L’élaboration théorique faite par F Ansermet de cette scène de violence conjugale met en lien marqueur somatique et pulsion. La théorie des marqueurs somatiques donnant et fournissant un substrat biologique à l’énigmatique ancrage somatique de la pulsion[5]. La pulsion est pour S.Freud un concept limite entre le psychisme et le somatique[6], c’est le nouage entre corps et le psychisme qui impose un travail de mentalisation. L’objet est ce par quoi la pulsion peut atteindre son but, il est ce qu’il y a de plus variable dans la pulsion[7], à condition qu’il permette la décharge produisant la satisfaction. La satisfaction par la décharge étant une fonction de l’objet. L’état de tension lié à l’état du corps, à un état somatique se traduit dans le psychisme par l’excitation que cette marque somatique impose à cet appareil (accumulation d’énergie). L’état somatique déclenche une pulsion qui doit trouver un objet pour se décharger.   Le fantasme est justement ce qui noue l’objet méconnu de la pulsion et le sujet, objet inscrit sous la forme d’absence dans la vie fantasmatique qui oriente inconsciemment l’action[8]. Par ce chemin peut se comprendre l’imbrication entre état somatique, objet et fantasmes qui peuvent être mis en tension à travers des objets où des situations qui ont la capacité de l’évoquer. Cette activation fantasmatique va alors générer un état somatique désagréable insupportable qui se résout dans une action déterminé par cette marque somatique particulière liée à une expérience précoce d’abandon qui par le biais de la pulsion sera déchargé à travers une action en direction de l’objet premier où d’un ayant droit substitutif[9]. L’activation de l’état somatique est déclenchée par l’activation d’un scénario fantasmatique inscrit dans la réalité interne inconsciente. F Ansermet précise : une fois le scénario fantasmatique enclenché il se connecte à un état somatique spécifique exigeant une décharge qui court-circuite toute raison[10].

 

 

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L’acting

L’acting ici la violence conjugale résulte du débordement des défenses du sujet, elle est une réponse à une menace identitaire réelle ou imaginaire. Les derniers remparts tel que le clivage l’identification projective, le déni, la toute puissance l’omnipotence et l’idéalisation ne suffisent plus à protéger le Moi.  Deux type d’acting se distinguent mais la délimitation entre l’acting de comportement et l’acting out est mal établit.   

L’acting out est habituellement défini comme un acte impulsif et inconscient accompli par le sujet hors de lui-même, effectué à la place d’un « se souvenir »[12].  Dans l’acting out, le sujet ne se reconnaît pas l’auteur du scénario enchevêtré dans les phénomènes de répétition compulsive dont les contenus refoulés font retour souvent avec une grande fidélité dans la scène de violence. L’acting out est un acte impulsif soumis à la dynamique du transfert, il est la marque de l’émergence du refoulé. C’est un acte impulsif en rupture avec les systèmes de motivation du sujet[13]. Ce qui était jusque là maintenu à distance par le refoulement a débordé le sujet, auteur de ces actes. L’acte violent surgit à la place d’un « se souvenir », du souvenir douloureux de cet enfant qui malgré l’angoisse, celle qui signale sa détresse, ne sera plus consolé par sa mère, que  l’objet d’investissement libidinal ne viendra plus apaiser. Pour Freud l’affect est une quantité d’énergie libidinale,  un  « quantum d’affect » qui reste rattaché au souvenir. L’affect est donc une quantité d’énergie en lien avec des traces mnésiques, ici la disparition de l’objet d’investissement libidinal. L’affect peut être rapproché de la notion de pulsion comme quantité d’énergie libidinale qui après avoir subi le refoulement peut se transformer en angoisse. En 1926,  Freud souligne la proximité de ces notions et parle d’affect d’angoisse automatique quand l’appareil animique ne peut contenir une quantité d’excitations qui exigent d’être liquidées[14]. L’angoisse automatique apparaît quand le Moi est débordé par une quantité d’excitations pulsionnelles qui ne trouve de chemin de décharge. Lors de l’apprentissage par l’expérience, le bébé apprend que la mère peut lui permettre de mettre fin à son angoisse par sa capacité de rêverie, elle dissipe ses vécus dangereux. La perte, l’absence de la mère est ressentie par le Moi comme un signal d’alarme anticipant l’arrivée des dangers, l’angoisse signal est donc élaborée comme une défense pour se prémunir de l’angoisse automatique, ainsi peut se comprendre l’articulation entre l’angoisse et les fantasmes de perte de l’objet d’amour. Dans un premier temps la disparition de la mère est ressentie par le bébé comme définitive. Sans expériences suffisantes, il ne peut distinguer la perte définitive de l’absence temporaire, dès qu’il perd sa mère de vue il se comporte comme s’il ne devait plus la revoir[15]. La répétition des situations de satisfaction va permettre au bébé de constituer un objet, la mère. Cet objet en cas de besoin sera  investi d’une charge nostalgique, et ainsi l’infans, devant la perte de l’objet d’investissement libidinal, investi par la nostalgie, ressentira la douleur psychique, l’angoisse devenant la réaction au danger de cette perte. 

L’acte violent peut se comprendre comme une réponse à cette angoisse automatique qui ne trouve de moyen de décharge plus élaboré. Le contact avec des affects de la ligné dépressive est court-circuité et le contenu pulsionnel s’en trouve renversé. Du même coup c’est aussi tout l’investissement libidinal de l’objet qui subit de profonde modification. Freud considère que le renversement du contenu pulsionnel ne se rencontre que dans un cas; la transformation  de l’amour en haine[16].  C’est autour de l’objet que se noue ce dipôle, amour  haine,  aboutissant à ce que S Freud considère comme l’illustration la plus importante  de l’ambivalence des sentiments. Cette opposition aimer-haïr peut être éclairée en considérant que la vie psychique est dominée par trois polarités: Sujet (moi)/objet monde extérieur, plaisir/déplaisir, actif/passif[17]. C’est dans la rencontre avec l’objet, que  se noue cette opposition que se développe l’ambivalence. L’objet sera source de plaisir lorsqu’il met fin aux tensions internes, mais l’objet sera source de déplaisir par son absence.

 

 

 

Atteinte narcissique.

F Pache introduit la notion d’anti-narcissisme pour expliquer cette donnée. Il postule qu’il existe une tendance chez le sujet à se départir dès son origine d’une partie de son narcissisme qui est investi du coté de l’objet  et qu’il nomme anti-narcissisme[18]. Si l’objet est investi de libido, le sujet s’en trouve privé. L’anti-narcissisme est une ouverture sur l’autre, il participe de façon essentielle aux fondements de la relation à l’autre, à l’altérité.  Le sujet se constitue sur la qualité de la relation entretenue avec l’objet, mais de façon complémentaire, sans que soit soulignée l’opposition entre objet et narcissisme de la relation. Si la permanence de l’objet d’investissement libidinal vient à défaillir, la relation d’objet ne contribue plus au narcissisme, à la constitution du socle narcissique; objet externe et narcissisme s’opposent. Si la libido dirigée vers l’objet  ne fait plus retour, n’est plus source de plaisir, il n’est pas alors possible que s’élabore, que ce  constitue ce socle narcissique indépendant de l’autre, de l’objet d’investissement libidinal.

La disparition de l’objet, sa défaillance lors du développement de l’infans, de l’enfant, entrave la constitution des assises narcissiques, la dialectique entre relation d’objet et narcissisme emprunte alors des voies séparées et qui finissent par être antagonistes. Alors dans ces conditions et bien que les assises narcissiques se constituent à partir de la relation d’objet, l’appétence objectale ne sera pas ressentie comme anti-narcissique mais comme une perte narcissique car la permanence de l’objet n’a pu s’établir dans le monde interne du sujet. La défaillance de l’objet conduit à la défaillance des bases,  de l’assise  narcissique du sujet et participe à la défaillance de l’auto-estime qui induit le débordement du Moi, exprimé par la violence altérant alors la relation à l’autre. La violence s’instaure comme une réponse à une blessure narcissique, comme une réponse inadmissible  pour restaurer le sentiment d’auto-estime. Philippe Jamet[19]souligne particulièrement cette menace identitaire, cette blessure narcissique, la violence, le passage à l’acte, étant  pour lui une réponse à cette menace identitaire, qui tente d’anesthésier cette blessure narcissique impossible à suturer.

            Si dans la relation d’objet, objet et narcissisme ont été antagonistes alors ne pourra se nouer une relation suffisamment indépendante du coté de la génitalité, à un objet génitalisé.  Le moi se refuse à ce commerce par trop inéquitable qui ne fait que souligner et resurgir la dépendance.  Plus tard  dans la relation à un objet génitalisé s’opposeront relation d’objet et narcissisme, même si, à première vue, l’objet d’amour génitalisé vient alimenter le narcissisme, plus précisément vient combler les failles narcissiques du sujet, choix d‘objet narcissique et non par étayage. Dans de telles circonstances la relation à l’objet peut alors tendre vers le narcissisme illimité, vers ce sentiment océanique dont parle Sigmund Freud[20], et bien que tentative pour nier, dénier la dépendance elle ne fait que la renforcer. Fondus ensemble confondus l’un et l’autre, il devient alors impossible de se détacher car le lien n’existe plus dans cet état fusionnel. La violence n’est pas qu’une réponse au risque de confusion, induit par l’intensité du sentiment amoureux, elle est une réponse à tout mouvement, qui viendrait remettre en cause cette idéalisation fusionnelle.

 

 

 

L’intersubjectif.

 

Violence et identification projectives.

            Ce qui fait apparaître la violence dans la relation chez l’homme auteur de violence, est l’impossibilité pour cette personne de revisiter, de se soumettre à la difficile oscillation qui va de la position schizo-paranoïde à la position dépressive. La conflictualité dépressive impossible à aborder, en lien avec la position dépressive, peut être décrite comme une situation dynamique comprenant l’ensemble des affects et des sentiments éveillés par la perte de l’objet d’investissement libidinal. Elle se traduit  par des perturbations plus ou moins importantes et évidentes de l’auto estime et/ou de l’humeur[21].  Il est impossible pour ces personnes de côtoyer leurs faiblesses, leurs blessures, ce qui dans la faillite de l’idéal du moi vient  combler par un moi idéal omnipotent, les failles narcissiques constitutives de ces personnalités. La scène de violences conjugales en est le prototype. Les angoisses de perte, d’abandon, génèrent des angoisses dépressives par trop insupportables qui induisent une défense extrême, la position schizo-paranoïde. Dans la position schizo-paranoïde, l’objet des pulsions érotiques et destructives est séparé en bon et mauvais objet (désintrication pulsionnelle[22]) qui subiront des destins différents par le jeu des introjections et des projections. Pour C. Balier c’est dans le registre du manque au niveau de l’introjection (bon sein) qu’il faut comprendre la désunion, la dé-intrication pulsionnelle, dont résultera lors de la scène de violence  l’excès d’extrojection (mauvais sein) de qualité psychique par identification projective.  Dans le moi soumis au même phénomène, coexistent deux attitudes psychiques à l’endroit de la réalité extérieure, l’une en tient compte, l’autre dénie la réalité en cause et met à sa place une production du désir, pouvant aboutir à la formation d‘un symptôme[23], ici la violence. 

            Ce qui ne peut être dit, ce qui ne peut être entendu, ce qui doit être silencieux, ce qui a été blessé et qui ne doit jamais plus être ressenti, est agi. Il faut qu’elle se taise, le couteau est dans la plaie et il faut l’ôter. Alors il la frappe et elle se tait. Elle souffre, elle est humiliée, elle est impuissante, elle a dit des mots qu’il ne supporte pas, lui a mis ces maux en actes. Il obtient ainsi un illusoire contrôle sur son monde interne, et éloigne par cette mise en acte la souffrance insupportable qui le constitue. Freud souligne ce mouvement du moi où le moi extrait une partie intégrante qui est rejetée dans le monde extérieur et est ressentie comme hostile[24]. Pour Mélanie Klein, l’identification projective projette les parties clivées du soi sur l’objet et de ce fait permet de confondre le soi et l’objet qui vient à le représenter[25] . Pour Bion les mécanismes d’identification projective permettent de déposer le mauvais objet dans l’autre[26]. Bion précise que se sont les éléments Bêta, ce qui ne peut être symbolisé, qui sont évacués par identification projective, et jouent un rôle déterminant dans la production d’un acting out[27].

            Ce n’est pas l’autre qui est visé, c’est bien  lui-même que l’auteur attaque une partie de lui, une instance psychique en position ectopique. Lui ne peut être cet être faible au risque de ne jamais se relever,  elle peut souffrir ce que lui ne pourrait endurer.  La victime, mauvais objet de l’auteur, n’est donc que la partie projetée en elle par l’auteur. Par identification projective, est déposé chez la victime ce que l’auteur ne peut supporter de lui-même, ce qu’il haït en lui, ce qu’il faut expulser en l’autre, et qui pourra dans un second temps être attaqué. Ma pratique avec des personnes atteintes de graves troubles psychotiques m’a permis d’observer à plusieurs reprises ce phénomène. Sortant d’un cinéma avec un groupe de patients l’un d’eux saisit brusquement l’oreille d’un passant, la tire violemment, jusqu’à mettre à genou cette personne. L’explication que me donne alors le patient qui avait d’importantes hallucinations auditives est la suivante: Je lui ai tiré l’oreille car son oreille me disait de choses. La limite entre monde interne et monde externe n’existe plus mais c’est bien une partie de son corps qui est vu en l’autre et attaquée. Donc « l’autre violenté » , la femme n’est que cette partie de lui-même que l’auteur voit en l’autre représentant ectopique externe d’un objet interne menaçant, subissant une attaque mais qui n’est que sa propre fragilité, son propre chaos, son manque à être, situé en l’autre et qu’il s’agit de détruire. En attaquant l’autre c’est donc une partie de lui-même qu’il attaque, une part de lui qu’il exècre, et qu’il préfère ainsi méconnaître. J D Nasio rappelle la pensée de Freud et de Lacan au sujet de l’être aimé qui est en premier lieu une instance psychique, et combien cette instance est différente de la personne réelle; L’aimée est une personne mais surtout cette part ignorée et inconsciente de nous-même; le a de « l’objet a » n’est en fin de compte qu’un nom pour désigner ce que nous ignorons cette chose qui est perdue cette instance déposée chez l’autre[28]. Pour Maurice Hurni et Giovanna Stoll cette modalité de la relation inconsciente peut procèder d’une dynamique délétère propre aux attaques perverses où certaines parties du moi jugées mauvaises ou plus globalement tout conflit psychique sont injectés dans l’autre. La partenaire est alors prise dans cette conflictualité impossible à mentaliser pour l’auteur de violences domestiques et conjugales à la fois mauvaise et indispensable. Elle devient indispensable non seulement dans le lien mais dans cette économie psychique qu’elle permet, protégeant l’auteur de son anéantissement psychique par ses objets internes défectueux[29] qu’elle va incarner.

 

Identifications projectives et capacité de rêverie.

            Dans la relation l’apparition de la violence marque la fin de la possibilité de transformer ce qui a été déposé chez la victime et qu’elle ne peut plus métaboliser. Le conte  « La mère de tous les contes » nous en donne une illustration :

            « Une femme attend son mari bûcheron, qui comme chaque soir après avoir fermé la porte,  saisit  un bâton et  la frappe.  Un jour elle sent la vie en elle, il faut qu’elle protège cet enfant! Alors chaque soir quand son époux rentre, elle invente une nouvelle histoire, un conte et par ce stratagème protège, elle et l’enfant qu’elle porte. Ainsi furent créés tous les contes[30] ».

Ce conte est assez instructif, entre les lignes, de façon latente, un contenu implicite se dégage. Que dit ce conte; qu’une femme battue continue a avoir des relations intimes avec son compagnon que la violence est unilatéral, et que son compagnon n’a pas besoin de prétexte pour asséner des coups. Mais ce conte ne dit pas qu’elle est sans doute abusée.  Ce conte montre lui aussi que madame ne part pas, elle reste et ne trouve un moyen de se protéger que lorsqu’elle porte un enfant. C’est donc à elle qu’appartient le travail de mentalisation des difficultés de son compagnon ce devoir lui incombe. Ce conte renvoie à l’épouse, à la compagne la responsabilité de tranquilliser celui qui partage sa vie. Il est donc de la responsabilité de madame de calmer monsieur, cela fait parti de son rôle social. C’est elle qui détient cette responsabilité, et c’est aussi ce qu’imaginent les femmes victimes de violences conjugales et domestiques. Si monsieur la tape, c’est qu’elles y sont pour quelques choses. Prisent dans la logique tyrannique de leurs compagnons elles imaginent être responsable de son malaise, de ne pouvoir le soigner, le réparer, de n’avoir pas compris ses silences. Le discours de l’auteur a fait effraction dans le monde psychique de la victime. Elle se sent responsable de la violence de l’auteur. C’est elle qui l’a poussé à bout, qui ne l’a pas compris. Mais qu’elle est le choix inconscient qui fait rester la femme du bûcheron? quels sont les intérêts psychiques qui la surdéterminent à ne pouvoir se protéger avant que la vie ne soit en elle? 

Du coté de l’auteur, c’est donc la victime qui ne comprend pas ses silences. Elle ne peut empêcher la violence de l’auteur que si elle lui permet de faire face à ce qu’il ne peut symboliser et qui le hante que les contes transforment et permettent d’élaborer . Elle ne rêve plus les contenus inconscients non digérés, non symbolisés de l’auteur, dans le rapport de l’auteur à l’objet d’investissement libidinal, en lien avec la perte, la menace de perte ou l’absence de cet objet. Elle ne transforme plus les messages inconscients des identifications projectives de l’auteur. R Friedman[31] dans une étude sur le rêve met en relief le rôle de l’identification projective dans les processus relationnels inconscients. L’identification projective[32] est, pour lui, à voir en terme de combinaison d’une projection externe de communication d’un message inconscient et d’une identification. L’identification projective n’est pas sans effet sur l’autre et est à comprendre comme une transformation du Soi à travers le travail psychique, le processus  que cet autre mettra en œuvre à sa place. La victime ne met plus en œuvre ce travail de transformation du Soi de l’auteur, elle ne digère plus, ne mentalisera plus les identifications déposées par l’auteur en elle, elle ne transforme plus les messages inconscients de l’auteur. De même ce refus de la projection, cette contre-identification projective, cette difficulté d’expulser des objets internes en l’autre participe ou serait le moteur de cette rage narcissique de l’auteur et déclenche sa violence[33].

Ce conte souligne une autre dimension que l’on rencontre dans la violence conjugale: Pour Mélanie Klein, une des aspirations importantes de la vie se fonde sur ce que l’enfant a vécu dans ses premières relations à sa mère, celle d’être compris sans avoir besoin de recourir à la parole, et cette aspiration importante est donc à comprendre comme une nostalgie des toutes premières relations à la mère[34].  Ce phénomène peut être éclairé en utilisant le concept de sociabilité syncrétique proposé par J Bleger qui distingue la sociabilité par interaction, et la sociabilité syncrétique[35]. La notion de sociabilité syncrétique est basée sur un lien profond préverbal qui se dispense du langage, qui s’établit sans interaction, sans regard, sans mise en mot. Cette sociabilité peut se comprendre comme un état de non distinction, d’indifférenciation, de fusion elle prend appuis sur des noyaux psychotiques de la personnalité. C’est l’arrière fond de tout groupe, de toute relation où chacun des membres du groupe (couple) n’a pas d’existence propre mais est soumis à une transitivité permanente, et à l’indifférencié. Cet arrière fond syncrétique précède toute interaction c’est ce qui fait lien avant l’interaction, cette  sérialité dont parle J.P Sartre où un individu est équivalent à un autre et où pour J. Bleger le groupe existe déjà en ce qu’il se forme par cette interaction syncrétique. Les règles existent elles organisent une structure par exemple celle de la file d’attente premier arrivé premier servit par opposition à la règle de la pile où le dernier arrivé est le premier servit. Les normes sont silencieuses mais leur non respect entraîne le tollé, celui que s’attire l’individu qui passe devant tout le monde dans une file d’attente. La sociabilité syncrétique est une sorte de matrice de base, de champ de force,  la base du lien qui reste clivé de la strate interactionnelle consciente. J Bleger en donne cette illustration ; un enfant s’affère à une tâche dans la même pièce sa mère est absorbée par la télévision, la lecture ou tout autre activité. L’enfant et sa mère semblent indépendant l’un de l’autre ils n’échangent aucun regards, aucune paroles, aucune communication, nul interaction ne peut être décelé. Si sa mère se lève pour se rendre dans une autre pièce immédiatement l’enfant interrompt son activité pour rejoindre sa mère. L’enfant par se mouvement matérialise le lien qui les unissait et qui lui permettait de jouer,  de maintenir clivé  dans un autre,  la sociabilité syncrétique  ici sa mère  comme dépositaire fidèle de ses parties psychotiques[36]. Toute atteinte à ce mode de sociabilité entraîne une situation de malaise grave et conduit à des affrontements[37]. Pour J Bleger la sociabilité syncrétique et identifications projectives seraient le même phénomène décrit de points de vue différents, l’un phénoménologique l’autre naturaliste[38]. Ces atteintes de la sociabilité syncrétique seraient conséquentes de violentes identifications projectives déposées dans le champ relationnel lors des diverses relations du couple et/ou familiales, mais également ces atteintes syncrétiques ne sont que répétitions trans-générationnelles : disqualification, dénigrement, insultes, violence psychologique et verbale, constitutifs de la relation à l’autre dans la famille d‘origine.    Cette dimension « être compris sans avoir besoin de recourir à la parole », cette aspiration syncrétique se rencontre aussi dans le mythe d’Abel et Caïn, et là aussi ce défaut de parole engendre la violence. Caïn n’entend pas la loi, il n’est pas compliant à la règle du don. Mais bien au de là il désire être compris sans recourir à la parole, il désir être compris sans avoir à demander, allégorie imaginaire d’un temps où besoin demande et désir étaient confondus. Il demande à être compris dans cet espace d’indistinction, il demande au père de lui prouver son amour en le dispensant de la loi  sans rien en formuler. Drôle de formule qui demande une dispense à celui qui représente la loi, mais sans recourir au discours, à la parole, nouvelle dérobade. Il demande de ne pas substituer le nom du père à être le phalus de la mère comme demande d’amour.  Dès lors  il ne dialogue qu’avec lui même, il plonge dans une relation imaginaire aux autres et émarge aux abonnés absents du discours. En s’absentant de la parole,  s’organise une défaillance des capacités de symbolisation par le manque de présence à l’Autre là où il refuse de s’inscrire dans la loi du discours, dans la loi des hommes et de leurs dieux. Cette absence de parole renvoie à une relation spéculaire, à la négation de l’altérité,  ainsi que le soutient Didier-Weill[39], là où l’absence de la pensée verbale et de la parole n’assurent plus la suspension de la décharge motrice[40], là où par le sacrifice de la parole et de la subjectivité, l’altérité et l’intersubjectivité disparaissent du même coup[41]. Là où l’envie et la jalousie nourrissent la haine meurtrière, là où d’altérité il n’est pas question, là où seul le ou-exclusif (XOR (moi, ou l’autre mais pas les deux)) fait loi. Le meurtre d’Abel est un meurtre du silence, comme les homicides résultant de la violence conjugale, enfermés jusque là dans le huis clos silencieux de la famille reflet du huis-clos imaginaire de l’auteur emmuré dans d’un dialogue interne qui ne connaît plus l’autre.

C’est aussi cette dimension qui est transformée dans le conte « la mère de tous les contes » par la compagne du bûcheron, par la capacité de rêverie déployée. Ce conte, renvoie à la capacité de transformation des éléments bêta par la fonction alpha, des identifications projectives, déposées en elle et dans le champ relationnel, là où la mise en mot suspend la mise en acte.

           

 

Champ relationnel et pacte dénégatif.

            L’histoire de la violence n’est que rarement une création originale elle est souvent inscrite dans l’histoire familiale des partenaire. Elle se transmet sur plusieurs générations comme un héritage que nul ne désire, et dont nul ne semble être conscient. Ce qui demeure méconnu de l’un, de l’autre ou des deux protagonistes, peut être considéré comme le fruit d’un pacte dénégatif, qui est la condition nécessaire à ce qui fait lien. Pour René Kaës, le refoulement et les contenus refoulés sont les actes constitutifs des pactes inconscients. Leurs produits cimentent les sujets les uns aux autres et à l’ensemble groupal par des intérêts surdéterminés. Ce pacte, cet accord inconscient, garantit en ces termes qu’un certain nombre de choses doivent demeurer, dans une volonté de méconnaissance, refoulées, éloignées, déposées, mises à distance, niées et  déniées,  afin  d’établir et de maintenir le lien qui  unit entre eux les membres du groupe au groupe[42] . Pacte de nature inconsciente, le pacte dénégatif est le constituant nécessaire au maintien d’espace psychique commun. Il est rendu indispensable pour soutenir certaines fonctions de l’intersubjectivité, garantissant ainsi la continuité des investissements et bénéfices co-dépendants et structurels du lien groupal du groupe familial. Le pacte dénégatif maintient refoulé, irreprésentable, imperceptible, dénié ou désavoué, ce qui pourrait remettre en cause la formation et/ou le maintien de ce lien groupal, ici le groupe famille. Souvent celui qui exerce des violences à des difficultés à reconnaître, identifier, nommer les violences qu’il a lui-même subit ou dont il a été témoin dans sa famille d’origine.

             Mélanie Klein explique ainsi le choix amoureux: « Dans une relation amoureuse les inconscients des partenaires amoureux se correspondent[43] ». Ce qui fait lien, un des fondements inconscients de ce lien amoureux, ici est l’histoire de la violence rencontrée dans sa famille d’origine. Ce qui a donc réuni ce couple est cette souffrance. Les fantasmes de réparation et de haine vont chacun choisir leur camp; il la frappe, elle pense qu’elle pourra le sauver, le soigner, le réparer. Cette dimension synchronique dans la relation du couple faite de co-dépendance, a son pendant diachronique dans la vie du couple où alternent les périodes de lune de miel et les périodes de violence[44].   

            L’idée de champ élaborée par M. et W. Baranger permet de considérer que toute dyade relationnelle  engendre un champ qui l’inclut. L’idée de champ peut se rattacher à la notion de fantasme inconscient bi-personnel. Le fantasme bi-personnel, à ne pas confondre avec le fantasme inconscient tel que formulé habituellement, comme expression de la vie pulsionnelle, se constitue par le jeu croisé des identifications projectives[45]. Le champ qui se déploie lors d’une interaction n’est pas la résultante des deux états mentaux internes. Le champ est indépendant de la volonté des deux protagonistes. Il se crée lors de la rencontre à l’insu de tous et a des qualités dynamiques qui lui sont propres et indépendantes des deux individus engagés dans la relation. Pour Correale le champ, amalgame complexe et mobile, est pour l’individu à la fois différent et séparé de lui. Le sujet y projette ses tensions et ses sentiments dont il se trouve alors clivé. Le champ, dans ces conditions, lieu de dépôt des identifications projectives, réservoir des sentiments, des émotions évacuées comme éléments bêta, trace par ces constituants les lignes de forces  qui conditionnent la relation et où elle vient s’inscrire Le champ est structuré par des contenus échappant à toute mentalisation. Le champ actuel  est alimenté par le champ historique, en lien avec l’histoire du couple, de ses disputes, de ses non-dit, de ce qui ne peut être symbolisé. Le champ relationnel qui se déploie dans le groupe familial, est aussi en lien avec ce qui, dans l’histoire de l’auteur et de la victime, les réunit à leur insu comme  « témoins victimes » des scènes de violences conjugales. Cet héritage trans-générationnel infiltre et trace les lignes de force du champ relationnel, il entre en collusion avec ce qui fonde et permet le maintien des liens: le pacte dénégatif, l’histoire de violence familiale rencontrée par chacun des protagonistes dans son enfance, là où dans une relation amoureuse les inconscients des partenaires amoureux se correspondent. La boucle de la relation aliénante ainsi se referme et emprisonne alors auteur et victime.



[1] Aubertel  F 2005 Formations aux thérapies familiales analytiques Thonon-les Bains.

[2]  D et B Marquet de Longree, 1998 De la faute à la fatalité ou la forme d’un Mythème,  Psynergie Copyright 1998D et D Marquet De Longree Psynergie Novartis Pharma Page 3.

[3] Balier C., 1988 Psychanalyse des comportements violents Paris, PUF, page 58.

[4] Balier C., 1988 Psychanalyse des comportements violents Paris, PUF, page 99.

[5] Ansermet F et Magistretti P, 2004, A chacun son cerveau  Paris Odile Jacob Page  124.

[6]   Freud S., 1915  Pulsions et destins des pulsions Métapsychologie Paris édition Gallimard 1968 page   17

[7]  Ibid page 19.

[8]  Ansermet F et Magistretti P, 2004, A chacun son cerveau  Paris Odile Jacob Page  121.

[9] Ibid page 119, 120, 121,122.

[10] Ibid page 125.

[11] Ibid page 121.

[12] Chémama R,Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse Paris 1993, page 4.

[13] Laplanche J et Pontalis JB vocabulaire de la psychanalyse, PUF 1976, page 6-7-8.

[14] Freud Sigmund Inhibition symptôme et angoisse Page 74 Puf 1978

[15]  Francisco Palacio Espasa dépression de vie et dépression de mort Édition érès 2003 page 35.

[16] Sigmund Freud  1915 Métapsychologie Gallimard Paris 1968, page 24,25.

[17] Sigmund Freud  1915 Métapsychologie Gallimard Paris 1968, page 34,35.

[18] Pierre Dessuant, 2002, le narcissisme, Paris PUF p 64.

[19]  Jamet Philippe La violence comme une réponse à une menace sur l’identité, http: //rmsq. cam. Org/ filigrame/archive/violence.htm , Page 3.

[20] Freud Sigmund, Malaise dans la civilisation,  Paris PUF, 1979 page 6-15-16.

[21] Palacio  Espasa F, Dépression de vie dépression de mort Édition érès 2003 page 20.

[22] Balier Claude, Psychanalyse des comportement violent, PUF 1988,6ième édition 2003, page 42, 44

[23] Laplanche J et Pontalis JB,Vocabulaire de la psychanalyse, PUF Paris 1976  page 67, 68, 69, 70.

[24] Freud 1915 Métapsychologie Paris, Gallimard 1968, Page 37.

[25] Klein Mélanie Envie et gratitude et autres essais Gallimard 1968 pages 35.

[26] W Bion Réflexion faite PUF Paris, 2003, p 103.

[27] Bion W R Aux sources de l’expérience, 5ième édition Presse Universitaires de France, page 25.

[28] Nasio JD 1996 le livre de la douleur et de l’amour   édition Payot Paris page 112

[29] Hurni M etStollG 1998 Contribution à la Thérapie des relations perverses, Le divan familial, N°1 In presse édition Page 109.

[30] Drevon Martine février 2003 cours FPP Ferney-Voltaire.

[31] René Kaes La polyphonie du rêve Dunod Paris 2002 page 92.

[32] Projection à l’intérieur du corps de la mère des parties clivées de la propre personne du sujet (Laplanche J et Pontalis J B).

[33] Hurni M etStollG 1998 Contribution à la Thérapie des relations perverses, in Le divan familial, N°1 In presse édition Page 111,112.

[34] Mélanie Klein 1968, Envie et gratitude, Gallimard, p 122.

[35] Bleger José, 1987, Le groupe comme institution et le groupe dans les institutions, in Kaës R et al, L’institution et les institutions 2ième édition2001 Dunod page 48.

[36] Ibid page 53,60.

[37] Neri Claudio,1997, Le Groupe Paris Dunod, pages 39,40.

[38] Bleger José, 1987(édition Bordas), Le groupe comme institution et le groupe dans les institutions, in Kaës R et al, L’institution et les institutions 2ième édition 2001 Dunod page 51.

[39] Didier-Weill Alain, Caïn l’homme furieux, Violence des familles Autrement, édition Autrement, page 17,18.

[40] Bion W R Aux sources de l’expérience, 5ième édition Presse Universitaires de France, page 75.

[41] Châtelain Denis La vouivre Genève 2003 page 106.

[42] Kaës René Le groupe et le sujet du groupe Paris Dunod 2000 page 264, 265,266.

[43] Klein l’Amour et la haine Édition Payot 1968 page 113

[44] La spirale de la violence si souvent décrite en est l’illustration. L’auteur après la mise en acte des fantasmes de destruction de l’objet, met en acte ses fantasmes de réparation ; la lune de miel.

[45] Neri Claudio,1997, Le Groupe Paris Dunod, pages 46.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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